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Lever de soleil sur l’autoroute

Au cours d’un échange pour une émission de radio, Jean avoue, bien simplement, qu’il a quitté la religion pour la spiritualité. De tradition catholique, formé par les rites religieux de son enfance, voilà qu’avec l’âge, il reconnaît s’en être détaché. Le temps de sa retraite et son expérience passée à l’écoute des malades y sont pour beaucoup, ainsi que sa vie militante. Cherchant à s’en expliquer, il reconnaît que dernièrement, sur l’autoroute, au moment du lever de soleil, il est saisi par l’harmonie des couleurs qui surgissent sous les premiers rayons. "Moment étonnant" dit-il, comme si, derrière cette expérience, il y avait quelque chose de plus grand qui se révélait. Il poursuit en évoquant le mystère des personnes qu’il rencontrait dans son service à l’hôpital.

Les propos de Jean sont bien de notre époque. Il n’est pas le seul à faire ce passage du religieux au spirituel. Des écrits comme la revue “Le Monde des religions’’ semblent aller dans le même sens. « Je ne suis pas sûre que les religions aient un grand avenir devant elles, du moins si l’on entend par “religion’’ l’ensemble des rituels, des croyances et des dogmes partagés par une communauté. Je crois que l’avenir sera spirituel. » lit-on sous la plume d’une philosophe.

De nouvelles aspirations se font jour. La presse grand public révèle de nombreux pratiquants du développement personnel et spirituel : yoga, méditation, qi gong, taï-chi, médecines alternatives, pratiques artistiques… Elles mettent en avant le corps comme nouvelle porte d’accès à la recherche spirituelle et à l’intériorité. Certains parlent de déplacement du sacré. Autrefois, il habitait les rites religieux communautaires. Aujourd’hui, c’est l’individu qui est sacré, dans sa quête personnelle ; tout le reste doit être à son service.

Un psychiatre affirme que « la méditation laïque ouvre au spirituel ». Pour lui, la spiritualité c’est tout simplement l’attention, le respect, l’humilité où peuvent “affleurer’’ les réalités de l’invisible. Il cite le Dalaï Lama : « Nous pouvons nous passer de thé mais pas d’eau, tout comme nous pouvons nous passer de religion mais pas de vie spirituelle… »

Il serait peut-être bon de porter toute notre attention sur les nouvelles approches spirituelles contemporaines qui sont de vrais remparts contre les fanatismes religieux et idéologiques. Pour conclure, on peut retenir la réponse du même Dalaï Lama à la question : « Quel est le meilleur chemin spirituel ? Celui qui rend meilleur ! »

Sur l’autoroute, ce matin-là, Jean n’a-t-il pas fait l’expérience que la beauté pouvait donner de la profondeur et du sens à sa journée ?

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Michel AMALRIC

Prêtre du diocèse d’Albi, chargé de la communication.

(re)publié: 01/03/2016