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S’agit-il encore d’un don ?

Sera-t-il possible dans l’avenir de continuer à parler de don d’organes ? Un amendement, adopté dans le cadre de la loi santé, remet en cause la nature du don. Jusqu’à présent les donneurs, de leur vivant, signifiaient par la rédaction d’un document, l’intention de donner leur corps à la médecine et autorisaient tout prélèvement d’organe. On parlait de “don” parce que c’était un cadeau que l’on faisait sans réserve, de façon gratuite, anonyme et librement consenti. Mais, étant donné la demande toujours croissante de greffons, cette disposition n’est plus valable.

La nouvelle loi, votée le 14 avril 2015, fait de tous les Français majeurs des donneurs présumés consentants, à moins qu’ils n’aient signifié leur refus en s’inscrivant au registre national du refus de dons d’organes.

Voilà qui oriente d’une manière toute nouvelle le “don” d’organe. Le terme ne semble plus convenir dans la mesure où n’est plus prise en compte la volonté du donneur. Par défaut, les médecins se verraient autorisés à faire des prélèvements et en informer la famille par la suite. Cela promet des échanges orageux entre les soignants et l’entourage du défunt, mis, en un certain sens, devant le fait accompli. Ces derniers pourraient, dans ces heures difficiles de la disparition d’un être cher, percevoir ces pratiques comme du pillage ou une profanation du corps. Des questions anthropologiques se posent : « Quelle valeur donne-t-on à la dépouille d’un proche ? A qui est le corps et qui en dispose ? »

Les auteurs de la loi ne cherchent pas de réponses satisfaisantes à ce questionnement. De son côté, le père Patrick Verspieren s’élève contre une telle pratique : « Puisque des familles expriment une opposition aux prélèvements, il suffit de ne plus entrer en dialogue avec elles, de ne plus prévoir qu’un seul mode d’expression du refus, l’inscription sur le registre national automatisé et de procéder à des prélèvements sur tout défunt qui ne se serait pas inscrit sur ce registre. On change la loi, on évite tout dialogue et on agit. »

En découvrant ces nouvelles dispositions, on perçoit « une logique productiviste qui ne tient pas compte de l’épreuve que représente tout prélèvement d’organe pour les proches du défunt, du fait de la difficulté à accepter d’une part la mort, bien souvent imprévue, d’un être aimé et d’autre part l’effraction de son corps ». (P. Verspieren)

Cette voix de l’Église catholique n’est pas la seule à parler d’un “amendement déplorable”. L’Association France-Adot, qui milite depuis longtemps pour le développement des greffes, « redoute une très forte levée de boucliers pouvant entraîner une forte chute des dons ». Il appartient à chacun de se positionner en vérité devant cette orientation nouvelle, résolument productiviste.

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Michel AMALRIC

Prêtre du diocèse d’Albi, chargé de la communication.

(re)publié: 01/11/2015