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Le cadran solaire

"Je ne te marquerai que les heures des beaux jours." Cette inscription sur le cadran solaire d’un village médiéval, sur le chemin de retour des vacances, semble donner tout leur sens à ces jours passés loin de la maison. En effet, cette période estivale, ponctuée de rencontres multiples et de découvertes de paysages nouveaux, paraît s’inscrire sur le cadran solaire. Du vrai bonheur, des joies multiples. Comme il est bon de pouvoir se mettre en ’’vacance’’ ! Vacance des tâches ordinaires, vacance des horaires précis, vacance de l’agenda où j’avais laissé des pages blanches pour être disponible à l’accueil des ’’heures des beaux jours’’.

Il est bon justement de se ’’dépayser’’ pour se rendre attentif aux regards inconnus que l’on croise, aux atmosphères du soir pour flâner au bord d’un lac, aux grands moments d’échanges où les sentiments s’expriment... Autant dire s’ouvrir aux nouveautés de chaque jour !

C’est la différence qui m’a surpris tout au long de ces heures d’été. Différence des histoires familiales avec leurs accents particuliers, des conceptions éducatives qui s’entrecroisent et qui suscitent le débat. Moment fort aussi de la différence qui éclate lors de la visite d’un parc à oiseaux avec le chatoiement des plumages des perroquets, les vols gracieux des grands rapaces et l’harmonie colorée d’un vol d’ibis qui clôt la grande parade du parc.

De temps à autre, il est bon de quitter son environnement habituel où l’on rencontre les mêmes personnes, où les horaires sont ponctués par l’exigence d’un agenda. "Partir c’est mourir un peu" dit le poète, pour renaître à des horizons nouveaux, à des visages autres, à la vie éclatante d’un parterre de fleurs ou des multiples espèces d’animaux lointains.

Faut-il que je classe, parmi les “heures des beaux jours“, cette rencontre surprenante, tout au début des vacances ? Dans le train qui m’emporte chez les amis, je suis sollicité pour faire une place à une jeune femme, très corpulente. Me voilà bien coincé, tout aussi gêné qu’elle. Une telle proximité ne pouvait que provoquer l’échange d’autant que, me voyant avec un sandwich à la main, elle me demande si je n’ai pas quelque chose à lui donner pour manger : "Je n’ai pas mangé de tout hier", dit-elle. Elle se présente progressivement comme une SDF qui va de ville en ville à la recherche de foyers d’accueil temporaire. Pour tout bagage, un sac de montagne, c’est tout ce qu’elle possède... même pas d’argent pour payer un billet de train ni l’amende que le contrôleur va lui demander.

Oui, le ton de mes vacances était donné par cette première rencontre. À ma joie de retrouver des amis, voilà que Carmilia, tel était son prénom, m’ouvre sur le monde de ceux qui ne sont jamais attendus sur un quai de gare. Avant de se quitter, ses mercis disent que, pour elle aussi, ce temps fut l’heure d’un beau jour. Elle avait parlé, elle s’était sentie reconnue !

Peut-être que cette rencontre inattendue dans le train m’invitait à l’inattendu des jours d’été qui allaient suivre, pleins de belles heures variées !

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Michel AMALRIC

Prêtre du diocèse d’Albi, chargé de la communication.

(re)publié: 01/07/2015