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La bonne distance

Nous sommes tous invités par Marie et Pierre à partager un repas dans leur maison de campagne. Tradition de l’automne pour cette équipe qui, depuis plus de quarante ans maintenant, est fidèle à la rencontre mensuelle et à l’échange amical.

Surprise ! Quand tout le monde est en place autour de la table... Pierre annonce : « Nous avons tenu à vous inviter aujourd’hui car nous fêtons nos 50 ans de mariage, jour pour jour. Vous êtes les seuls à être informés ! » Ils ne souhaitaient pas que l’on tombe dans l’obligation du cadeau traditionnel pour un tel anniversaire. Le plus beau cadeau que nous puissions leur faire, c’est notre présence avec Marie-Thérèse qui ne participait plus à la vie de l’équipe depuis quelques mois.

Sur la table familiale des bougies, une croix, des fleurs, la nappe brodée de la maman de Pierre. Tout est prêt pour célébrer l’eucharistie. Comme d’ordinaire, l’échange s’engage avec une grande simplicité. Au témoignage de Marie et de Pierre sur l’importance d’une saine distance dans le couple comme gage de sa longévité, s’ajoutent d’autres prises de parole allant dans le même sens.

Saine distance dans un amour conjugal qui n’enferme pas l’autre, mais qui lui laisse son espace personnel avec ses intérêts et ses engagements divers. Marie reprend un texte de Khalil Gibran, lu lors de leurs vingt-cinq ans de mariage : « Aimez-vous l’un l’autre mais ne faites pas de l’amour une entrave... Emplissez chacun la coupe de l’autre mais ne buvez pas à une seule coupe. Partagez votre pain mais ne mangez pas de la même miche... »

Les couples présents et Marie-Thérèse, veuve, s’accordent pour dire comment ce sont ces espaces de liberté dans la vie du couple qui deviennent sources d’enrichissement par l’échange. L’étape fusionnelle est certainement nécessaire mais avec le temps, il faut travailler à l’évolution vers une relation nouvelle. L’image des porcs-épics est évoquée : au début de l’hiver, paraît-il, ils recherchent la bonne distance pour se tenir chaud sans se piquer.

Cette réflexion des septuagénaires peut-elle éclairer ceux qui s’engagent aujourd’hui ? Les jeunes couples sont, sans doute, plus sensibles que leurs aînés à cette saine distance, presque trop, tant ils sont soucieux de préserver leur jardin secret ! Une fois, j’ai dû poser la question à un couple : « Votre jardin secret fait-il quelques ares ou quelques hectares ? » La construction d’un couple dans sa durée nécessite une volonté commune, alliant certes une saine distance, mais aussi le partage du quotidien avec ses zones d’ombre et de lumière !!!

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Michel AMALRIC

Prêtre du diocèse d’Albi, chargé de la communication.

(re)publié: 01/09/2015