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Le yaourt de quatre heures

Depuis quatre ans maintenant, Pierre va chaque jour à l’hôpital voir sa femme. Elle n’a plus la parole ni aucune expression sur son visage, couleur de cire. Progressivement la maladie l’a vaincue et la voilà figée dans son lit. Pierre reste toujours fidèle à ce rendez-vous quotidien. « Il faut bien le faire... C’est elle, c’est ma femme. Je viens pour être avec elle ! » Il lâche ces quelques mots, cuillère à la main pour lui donner le yaourt. Elle ouvre très peu la bouche et le yaourt de quatre heures s’éternise !

Quelque temps après, j’accueille un couple pour mettre au point les derniers détails de la célébration de leur mariage. Comme beaucoup, ils ont choisi la lecture d’une lettre de saint Paul : « L’amour prend patience, il rend service, il ne jalouse pas, il ne se vante pas et il ne se gonfle pas d’orgueil... » Pour la fête du mariage, ce passage leur plaît : les recommandations de Paul peuvent leur servir de repères, dans leur désir mutuel d’aimer et d’être aimé. Je leur fais remarquer qu’ils ont choisi un texte très exigeant car le mot utilisé par Paul signifie l’amour gratuit, le don total... qui n’attend pas de retour...

Pour Pierre, après plus de 50 ans de mariage, quand il tend, avec beaucoup de soin, la cuillère de yaourt à son épouse, il n’en attend rien. Elle n’exprime rien. Un geste de pure gratuité comme il en existe beaucoup par ailleurs, que ce soit dans une maison de retraite, une clinique, ou même lors de soins à domicile. Bien des personnes, bénévoles ou professionnelles, membres de leurs familles ou voisins, qui sont là pour de multiples services sans en attendre un merci !.

Lors de la messe à la maison de retraite, par exemple, Jacques, atteint par la maladie d’Alzheimer, dit avec conviction les paroles de la liturgie alors qu’il ne prononce plus un seul mot, ni « oui » ni « non ». Cela étonne Geneviève, son épouse, qui l’accompagne depuis longtemps déjà.

Dans le rite d’échange des consentements, au moment de la célébration du mariage, ces dernières années, a été ajoutée la formule : « Je promets de te rester fidèle, dans le bonheur et dans les épreuves, dans la santé et dans la maladie, pour t’aimer tous les jours de ma vie. »

Quand le couple de Pierre s’est marié, tout comme celui de Jacques et Geneviève, ni l’un ni l’autre n’avaient prononcé cette formule pour le « oui » de leur engagement. Longtemps après, ils témoignent d’un amour qui passe l’épreuve. C’est ce que l’on peut souhaiter au jeune couple prêt à prononcer ce même oui, qui va sceller leur alliance.

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Michel AMALRIC

Prêtre du diocèse d’Albi, chargé de la communication.

(re)publié: 01/06/2014