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Spiritualité d’en-bas

Un ermite voulait s’entretenir avec un moine célèbre. Dès les premiers instants de sa rencontre, il se met à lui parler de l’Écriture et des choses spirituellement célestes. À sa grande surprise, le moine détourne la tête, totalement indifférent aux propos de l’ermite. Dépité, il veut repartir. Le moine l’arrête et lui dit : « Tu es d’en haut et tu parles de choses célestes. Moi, je suis d’en bas et je m’entretiens de choses terrestres. Si tu m’avais parlé des passions de ton âme, je t’aurais répondu bien volontiers. » L’ermite lui parle, alors, des passions qui s’emparent de son âme, de ce qu’il vit et l’anime. Il se refuse de poursuivre sur le registre religieux et ce qu’il croyait savoir sur Dieu.

Anselme GRÜN, moine thérapeute allemand, rapporte ce récit dans un de ses derniers livres Spiritualité d’en Bas. Il veut inviter ses lecteurs à retrouver le chemin de la vie intérieure. Bien souvent, dit-il, nous restons marqués par la tradition de la « spiritualité d’en haut » qui consiste à vouloir atteindre des idéaux spirituels présentés par l’Écriture et la tradition de l’Église. Cette poursuite des objectifs peut refouler les personnalités et entraîner la culpabilité. Ce ne sont pas nos propres efforts volontaristes qui nous permettent d’atteindre Dieu ; ses bienfaits ne sont pas à la mesure de la multiplicité de nos pratiques. Bien au contraire ! Nous ne pouvons trouver un accès à Dieu, pas seulement par la vertu et l’ascèse, mais plutôt par la reconnaissance de notre propre impuissance.

Pour nous guider sur ce chemin spirituel, l’auteur évoque les grandes figures qui ont guidé le peuple hébreux : Abraham, Moïse, David et par la suite Pierre, Paul. Ces leaders spirituels, loin d’être parfaits, ont été marqués par leur fragilité. C’est à cause de leur faute qu’ils crient vers Dieu. Dans l’évangile, par contre, les pharisiens incarnent la spiritualité d’en haut par leur pratique rigoureuse de la loi, entraînant l’autosatisfaction. Nous sommes bien loin de l’attitude de ce publicain qui, à l’entrée du temple, se reconnaît pécheur.

Anselme Grün attire l’attention sur des dérives contemporaines, quand nous risquons de trop mettre l’accent sur des pratiques religieuses pour avoir bonne conscience, tout en oubliant les mouvements plus intimes de notre être. C’est pour cela qu’il invite à la descente en nous-même pour avancer sur le chemin de la spiritualité. « Si tu veux connaître Dieu, apprend d’abord à te connaître toi-même. »

Nos contemporains, refusant d’être emprisonnés dans les rites religieux, ne sont-ils pas plus sensibles à la quête de Dieu au plus intime d’eux-mêmes ? Leur rejet du légalisme et du pharisaïsme n’en est-il pas le signe ?... À nous d’allier, à la fois, la spiritualité d’en haut avec ses idéaux et ses modèles mais aussi la spiritualité d’en bas, toute faite d’humilité pour aller à la rencontre de Dieu. Avec une pointe d’humour, Anselme Grün nous livre les recommandations d’un certain Antonios : « Si tu vois qu’un jeune moine désire aller au ciel de son propre chef, saisis-le par les pieds, fais le trébucher, car cela n’est pour lui d’aucune utilité. »

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Michel AMALRIC

Prêtre du diocèse d’Albi, chargé de la communication.

(re)publié: 01/09/2013