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Au début et à la fin…

La porte de la chambre est entrouverte. Jeanne se permet d’entrer. Elle salue un homme couché sur son lit, bien éveillé, comme s’il attendait une visite. « Je suis de l’aumônerie catholique de l’hôpital et je vous dis bonjour en passant. » En quelques secondes, il passe de l’étonnement au refus puis à l’accueil. « Je n’ai rien à faire de l’Église. J’ai été baptisé. Toute ma vie j’ai été communiste. Vous pouvez repartir. » Il se reprend tout aussitôt : « Vous pouvez vous asseoir, si vous voulez ! » Jeanne, quelque peu surprise, n’ignore pas que les premiers contacts avec certains malades peuvent être de cette nature, spontanés, maladroits, agressifs même. De tels propos sont bien souvent le signe d’une souffrance.

Elle qui, comme les autres membres de l’équipe d’aumônerie, se veut accueillante, voit tout à coup les rôles s’inverser. Le fait que cet homme malade lui propose de s’asseoir, c’est elle qui est accueillie. C’est ainsi que débuta l’histoire d’une relation qui, au fil des visites suivantes, va se vivre dans une confiance croissante.

L’homme ne semble plus vouloir régler ses comptes avec l’Église. À 85 ans, sur son lit d’hôpital, il parle de sa vie de travailleur, syndicaliste, militant communiste habité par le souci des autres. Il était connu comme tel ! Quelques semaines avant sa mort, il fait à Jeanne une confidence étonnante. « J’ai connu l’Église au début de ma vie, par le baptême... Je l’ai totalement abandonnée et perdue, c’est elle qui est présente à la fin. » Il poursuit en évoquant tous ses copains déjà disparus ; il est attristé que ceux qui restent ne viennent plus le voir. Où sont-ils ? « C’est vous, Madame, qui êtes là pour me dire que l’Église est avec moi au moment où je vais mourir ! » Lorsque Jeanne évoque cela, avec les autres membres de l’aumônerie, sa voix est pleine d’émotion. Quel chemin parcouru depuis le premier contact !

La rencontre de personnes en souffrance transforme tout autant l’accueillant que l’accueilli. Cela se passe fréquemment lors de visites de personnes âgées ou malades dans les maisons de retraite, les cliniques ou les hôpitaux ; cette présence discrète est d’une grande richesse. Au soir de leur vie, pour beaucoup, l’échange est parfois devenu confidence. Il suscite la sérénité et bien des histoires familiales douloureuses se transforment en réconciliation.

Quand survient l’heure de la séparation, Les survivants peuvent reconnaître comme un bonheur ce chemin de l’échange vécu jusqu’au bout !

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Michel AMALRIC

Prêtre du diocèse d’Albi, chargé de la communication.

(re)publié: 01/11/2013