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Rayhan et les autres...

À la lecture de certains faire-part de naissance, saute aux yeux une rupture évidente avec la tradition. Fini le temps où, pour les nouveau-nés, on recherchait un prénom parmi les anciens de la famille et où le calendrier des fêtes des saints de la tradition catholique servait de référence. Les jeunes parents vont sur internet pour découvrir les prénoms qui se donnent aujourd’hui dans leur département (avec la fréquence d’utilisation) ou bien ceux qui passent les frontières. Ainsi apparaît la nouveauté de… Brandon, Iliana, Ethan, Rayhan, pour ne citer que les derniers enfants baptisés.

Au moment du baptême, des questions se posent puisque des prénoms choisis ne figurent pas dans le calendrier chrétien. Une internaute fait remarquer que comme Roxane n’y existe pas, « J’ai donc été baptisée grâce à saint Roch et à sainte Anne ! » Au-delà de la fantaisie, ne faut-il pas s’arrêter sur ce qui constitue un véritable changement culturel ?

Aujourd’hui, dans la vie d’un jeune couple, la naissance d’un enfant est programmée : vient en premier le travail, la maison et ensuite l’enfant. Même si certains bousculent ces étapes, la démarche reste la même : la naissance d’un enfant est de moins en moins le fruit du hasard. Cette maîtrise de la conception va de pair avec l’étape du choix du prénom pour le bébé. Si les parents s’interrogent pour une part sur les consonances, derrière cette quête d’un prénom idéal, se cache l’envie de singulariser l’enfant, que l’on veut unique. Nous sommes parfois bien loin du prénom de l’arrière-arrière-grand-père, du parrain ou de la marraine, qui se perpétuait de génération en génération.

Quand on donnait un prénom choisi parmi les ascendants ou dans le calendrier des saints, les parents inscrivaient leur progéniture dans une histoire familiale ou chrétienne qui les précédait. Inventer un prénom parce qu’il sonne bien aux oreilles semble signifier que cet enfant arrive de nulle part, si ce n’est du seul désir des parents. Cela peut en dire long sur leur toute puissance, comme s’ils étaient détenteurs de la vie qu’ils ont donnée à leur enfant. Auraient-ils oublié qu’ils ne font que transmettre celle qu’ils ont reçue eux-mêmes ? « Vos enfants ne sont pas vos enfants, ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même » dit Khalil Gibran.

Porter un prénom chrétien, c’est pouvoir se référer à son « saint patron », protecteur, gardien de valeurs, qui peut servir de modèle pour s’engager, à sa suite, sur les chemins d’une vie évangélique. À la différence de l’idole, ce lien n’enferme pas, il ne rend pas dépendant. Au contraire, il invite à l’adaptation. Celui qui porte le prénom de François, avec pour patron saint François d’Assise, peut orienter sa vie dans le sens de la simplicité évangélique.

N’y a-t-il pas un réel paradoxe, dans la société contemporaine, entre d’une part, la recherche généalogique qui pousse à connaître ses propres racines et d’autre part le choix d’un prénom qui traduit un certain refus d’inscrire l’enfant dans une tradition ?

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Michel AMALRIC

Prêtre du diocèse d’Albi, chargé de la communication.

(re)publié: 01/01/2012