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Les anonymes de l’Évangile

Que deviennent les jeunes enfants après avoir fait leur première communion ? Et les fiancés après leur mariage ?

Questions multiples que se posent prêtres et laïcs, engagés dans la vie de l’Église. Ils savent qu’ils n’auront pas de réponse ; de là, naît une certaine frustration.
Que de temps passé à l’accueil, à l’initiation chrétienne dont ils ne verront pas les fruits ! Bien souvent, lors de préparations au baptême ou au mariage, les échanges ont été fructueux, vécus en vérité. « C’est important, dit une maman venue demander le baptême de son enfant, que vous vous intéressiez à notre vie. J’apprécie aussi que vous nous parliez de ce qui a quelque peu disparu de notre mémoire. Nous n’allons pas souvent à l’église et pourtant, mon mari et moi nous restons croyants ! » Par la suite, ils évoqueront tous deux des choix professionnels importants visant à garder une vie de famille épanouissante pour eux et leurs enfants ! Une fois le baptême célébré, nous ne nous reverrons certainement pas... à moins qu’il y ait une autre naissance !

Des théologiens se sont intéressés à ceux qu’ils appellent les « anonymes de l’Évangile ».
Une thèse a été publiée par l’un d’entre eux. Il relève que la plupart des personnes qui ont écouté Jésus ou qui ont bénéficié d’une parole et d’un geste de guérison, disparaissent. L’Évangile ne nous dit rien de ce qu’ils sont devenus. Preuve en est que très peu de malades sont nommés. « Ils n’ont que le nom de leur misère » : le lépreux, l’aveugle, le paralytique, le sourd-muet. Bien souvent ces anonymes implorent un geste du Christ pour leur enfant : la veuve de Naïm, la Cananéenne, le centurion.

En un temps où l’on parle plus de productivité que de fécondité et où l’on semble soucieux de faire nombre, ne devrait-on pas porter attention aussi aux anonymes de l’Évangile ?
À la suite de Jésus qui a dit plus souvent « va ! » que « suis-moi ! », ces derniers laissent résonner en eux : « Va... avance... aime... pardonne... partage... ta foi t’a sauvé. » « Jésus nous invite à ne pas accaparer les gens, à ce qu’ils ne soient pas prisonniers de notre regard » dit un bibliste.
Aujourd’hui, les anonymes de l’Évangile vivent sans faire de bruit, comme ce jeune homme de 22 ans prenant la place d’un collègue de 45 ans qui doit être licencié. « Tu as deux enfants... je suis plus jeune que toi ! Je te laisse ma place. Je trouverai plus facilement que toi un autre travail. » Oui, aujourd’hui encore, l’Évangile s’écrit sur des cœurs de chair... bien souvent sans bruit. Ils ne sont pas mentionnés dans nos registres de catholicité !

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Michel AMALRIC

Prêtre du diocèse d’Albi, chargé de la communication.

(re)publié: 01/10/2012