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La vie « post mortem »

Si aujourd’hui Internet est un outil intéressant pour la communication et l’information (bien qu’on s’agace parfois pour une connexion qui se fait mal), ce peut être aussi source de dérives multiples. Je m’arrête sur l’une d’entre elles : des sites « post-mortem » proposent des prestations pour les mois et même les années qui suivent la mort. De leur vivant, des personnes peuvent y enregistrer des messages pour parents ou amis. Un père, une mère, par exemple, ont ainsi la possibilité de préparer des souhaits d’anniversaire, que recevront leurs enfants au jour voulu... Ou encore ils leur révèlent « post mortem » des secrets importants qui n’ont pu être dits au cours de leur vie.

Voilà que l’informatique paraît suppléer l’absence du défunt. Ne serait-ce pas, en utilisant des techniques contemporaines, un retour à cette quête de la communication avec les morts, qui marque chaque époque ? Plus besoin de tables tournantes ou d’un verre qui écrit un message sur un alphabet disposé sur la table de la salle à manger... Un simple clic et vous pouvez rentrer en communication avec les disparus. Sans que vous l’ayez cherché, le matin au réveil, au jour de votre anniversaire, sur votre écran d’ordinateur, s’impose à vous le « courrier » du disparu. Cela peut être mal vécu, et certains aveux peuvent provoquer de grandes souffrances.

Que dire de ces nouveautés ? Ne signifient-elles pas le refus de la mort et l’absence d’un travail de deuil absolument nécessaire pour que les vivants puissent continuer leur route ? L’article du journal La Croix présentant cela avait pour titre « Internet donne l’illusion d’organiser sa vie post-mortem ». Il livrait le propos d’une personne engagée dans l’Église pour l’accompagnement des funérailles : « Le deuil est un processus de détachement. » L’Église insiste beaucoup sur ce travail de séparation, que les exigences de la vie actuelle et les contraintes professionnelles semblent vouloir occulter. Vie et mort, pour des chrétiens, sont les deux facettes de leur existence tournée vers la rencontre du Christ ressuscité.

Ces nouvelles propositions, coûteuses, n’ont rien à voir avec la prise en compte des souhaits de la personne pour sa sépulture. Le choix des textes, des chants, des musiques, de l’incinération ou de l’inhumation peuvent être accueillis comme le dernier testament de celui qui nous quitte, sans pour autant être impératifs. Cela peut faciliter l’organisation des funérailles et du temps de deuil qui suit.

Il serait bon d’accueillir comme prophétique le message évangélique : « Laisse les morts enterrer leurs morts, mais toi, va annoncer le Règne de Dieu. » La vie est toujours devant nous… même après un deuil, nous sommes invités à écrire de nouvelles pages sur notre livre de vie sans rester accrochés à celles du passé.

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Michel AMALRIC

Prêtre du diocèse d’Albi, chargé de la communication.

(re)publié: 01/11/2012