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Culpabilité, déprime

« Déprime » est un mot qui revient souvent sur nos lèvres. On n’en a jamais autant parlé. Il évoque une réalité bien contemporaine. Qui n’a pas eu sa petite ou sa grande déprime ? Il est bon de se souvenir que les Français sont les champions de la consommation de médicaments, anxiolytiques et somnifères en particulier. Actuellement, nous connaissons mieux l’incidence de nos modes de vie et des réalités socio-économiques sur notre psychisme, sur « l’âme humaine » aurions-nous dit autrefois.

C’est ainsi que si l’on regarde les années passées, on peut noter qu’elles furent marquées, pour beaucoup, par la culpabilité. Culpabilité par rapport à un idéal religieux, à des normes qui semblaient s’imposer à nous. « Vous êtes appelés à la sainteté, à la perfection. » Cela a pu être mal compris. Nous faisions de notre manière de vivre une exigence morale, au lieu d’un appel à reconnaître Dieu qui met du souffle dans nos vies. Le croyant se sentait plus coupable que sauvé. Culpabilité également par rapport aux grands idéaux politiques, humanitaires et associatifs : on n’en faisait jamais assez. Les engagements mobilisaient avec force les militants. Certains se sont épuisés, d’ailleurs, pour l’avancée de « causes », multiples, à l’ordre du jour des réunions syndicales ou politiques.

Aujourd’hui, le temps de la déprime succède à celui de la culpabilité. L’homme est renvoyé constamment à sa propre autonomie, à l’élaboration de son système de valeurs, sans le secours de quelque autorité morale, pas même des religions, et de l’Église tout particulièrement. À l’homme de décider par lui-même, sans le recours aux grandes « vérités » religieuses. Le philosophe Luc FERRY fait remarquer que nos contemporains n’ont plus le secours de la transcendance. Ils sont seuls face à leurs responsabilités, leurs échecs et leur mal-être.

La vie est si lourde à porter que parfois, ils peuvent disjoncter et se retrouver dans une profonde solitude existentielle, sans réponse, sans secours. La déprime est à nos portes. Un journaliste, parlant récemment de « la fatigue de la modernité », écrivait : « Notre civilisation techniciste et consumériste a sans doute bien des mérites. Mais elle n’a pas fait reculer la souffrance sociale. »

Une émission de télévision a posé la question : « La religion permet-elle à l’homme d’être heureux ? »
Oui, à condition qu’elle ne soit pas une béquille, mais un souffle qui donne l’orientation d’une vie.

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Michel AMALRIC

Prêtre du diocèse d’Albi, chargé de la communication.

(re)publié: 01/12/2012