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Sur son visage, une larme

Devant une caméra, Marie-Cécile parle de son calvaire vécu pendant plusieurs semaines. A l’hôpital, son entourage et l’équipe médicale la voyant dans le coma parlaient de sa mort prochaine et de ce que sa famille devrait faire à ce moment-là. Personne ne pouvait soupçonner qu’elle entendait et qu’elle comprenait ce qui se disait. Son angoisse grandissait à la pensée qu’on pouvait l’enterrer vivante, sans qu’elle ait pu s’exprimer par une parole, ou un geste. Tous attendaient la fin... Voilà qu’un jour, une larme coule sur son visage. Surprise générale... Quelque chose d’inattendu se passait ; elle réagissait... Cette larme était signe de vie ! Tout bascule… Quelques mois plus tard, elle s’exprime à la télé : « J’ai vécu comme une résurrection » dit-elle.

Peu après, toujours à la télé, une foule de gens de la rue, et du monde du spectacle participent à la sépulture d’Annie Girardot. Des larmes coulent sur les visages. Elles disent la peine de la séparation et la reconnaissance de ce qu’elle a suscité dans le cœur de tous avec son talent de comédienne.

Le lendemain, ce sont des flots de larmes sur les visages de ceux qui, en Tunisie, sur la place de la Libération, exprimaient leur joie de retrouver la liberté et de vivre les premiers balbutiements d’une démocratie désirée depuis des décennies. Tout à côté d’eux, sur les visages d’étrangers, en longues files d’exode, les larmes de la peine et de la tristesse : ils avaient tout perdu et ne savaient s’ils pouvaient revenir dans leur pays.

Avec ces images sous les yeux, je pense aux larmes invisibles : celles des femmes, épouses ou mères de ces hommes en marche, ignorant tout de leur avenir et pleurant. Ces larmes de la séparation ne s’offrent pas en spectacle comme pour une actrice de cinéma. Les reportages semblent donner plus de prix à certaines larmes...

Qui que nous soyons dans l’échelle sociale, peu importe notre pays d’appartenance, les événements nous fragilisent et les larmes en sont l’expression la plus significative. Gouttes d’eau au goût salé, elles sont souvent les messagères des peines et des tristesses. Pas de honte à les laisser couler, elles racontent bien des choses tout comme les larmes de la joie quand elle nous submerge et celles du rire quand il est trop fort.

Sur les joues de Jean, en fin de vie, au cours d’un bref échange, des larmes coulent. Il s’excuse d’être trop sensible… Que disent-elles ? Tristesse de la mort qui approche ? Derniers signes de tendresse pour les siens ? À chacun d’accueillir ce message, car pleurer c’est toujours dire l’indicible. Nous n’avons pas à comprendre le sens des larmes de l’autre mais à l’accompagner vers son propre horizon.

« Dieu sait que nous n’avons jamais à rougir de nos larmes, car elles sont comme une pluie sur la poussière aveuglante de la terre qui recouvre nos cœurs endurcis. »
Charles Dickens

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Michel AMALRIC

Prêtre du diocèse d’Albi, chargé de la communication.

(re)publié: 01/04/2011