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La volonté du défunt

Pour ses obsèques, il avait exprimé son désir : la plus stricte intimité. Pas de faire-part de la célébration de sépulture dans la presse, pas d’information aux amis... seulement la famille toute proche. C’est ainsi qu’une vingtaine de personnes se retrouvent, quelque peu esseulées, dans la nef de la grande église.

Son épouse et ses enfants avaient choisi d’être fidèles à la volonté du papa. Du côté de son épouse, j’ai cru percevoir une certaine frustration : elle ne se permettait pas de faire savoir le décès de son mari à ses amis de longue date. Cela m’a posé question. Quel était le sens profond de cette demande ? Pourquoi avait-il parlé de stricte intimité ? Ne souhaitait-il pas tout simplement que l’on ne fasse pas son panégyrique ? Voulait-il signifier qu’il attachait peu d’importance aux relations amicales et de voisinage ? Au moment de préparer la célébration, la douleur de la séparation ne permettait peut-être pas d’aller plus loin pour comprendre la demande du père.

Pour ma part, je pense que l’on peut vivre ce temps de sépulture avec beaucoup de tact et de discrétion concernant la personnalité du défunt. Sans évoquer sa vie, l’assemblée, par sa seule présence, exprime ce qu’il était pour les uns et les autres, et aussi les liens avec les membres de la famille.

Quelques semaines après, situation toute différente. Pour la sépulture d’un autre papa, la famille souhaitait une assemblée nombreuse signifiant la richesse des relations humaines qui avaient coloré sa vie… Beaucoup de participants dans la petite église du village.

Deux histoires humaines totalement différentes - un point commun toutefois à l’une et à l’autre : l’expression de l’attente du défunt et de la famille.

Pour les uns, une certaine privation du soutien affectif pour ceux qui restent, l’épouse et les enfants, par la présence des amis à ce moment précis de la séparation. Informés quelques jours après du décès, apprenant la volonté du défunt, plusieurs ont exprimé leur regret de n’avoir pu être là et toute leur sympathie pour la famille et le défunt. Pour les autres, le réconfort bienfaisant des amis et de multiples connaissances au moment de la sépulture.

La question reste ouverte : jusqu’à quel point respecter la volonté d’un défunt ? Qu’a-t-il souhaité exactement ? Le respect de ce qu’il a dit n’est-il pas obstacle à la prise en compte du désir de la famille proche et des amis ?

Sartre écrit que « tout mort devient la proie du vivant »... Il y a une grande marge possible entre cette affirmation quelque peu excessive et la considération respectueuse de celui qui meurt, il y a sans doute un compromis à instaurer !

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Michel AMALRIC

Prêtre du diocèse d’Albi, chargé de la communication.

(re)publié: 01/11/2011