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Semi-pélagien au repos

Ce titre énigmatique peut arrêter beaucoup de lecteurs. Aussi faut-il s’en expliquer et décrypter, derrière cette appellation, une réflexion qui peut susciter une conduite pour aujourd’hui.

Vers les années 420, un nommé Pélage minimisait le rôle de la grâce et donc l’action de Dieu au cœur de l’homme. Il exaltait la primauté et l’efficacité de l’effort humain dans la pratique de la vertu. Comme si la conduite morale n’était que le résultat d’un volontarisme exigeant. Pélage soutenait que l’homme pouvait, par son seul arbitre, sa seule décision, s’abstenir de pécher. Bien d’autres aspects de sa théologie seront polémiques et considérés comme hérétiques par plusieurs conciles.

Dernièrement, quelqu’un de la hiérarchie catholique, dans le désir d’être pédagogue, se déclarait, avec humour, « semi-pélagien » devant des prêtres. Tout cela pour évoquer sa puissance de travail et ses exigences, comme s’il ne pouvait rester sans rien faire !

Cette réflexion m’interpelle et je me demande si je ne serais pas, moi aussi, “semi-pélagien“, tellement je suis soucieux d’être dans l’action, pour de bonnes causes certes, mais qui semble mettre au second plan l’action de Dieu lui-même. Même s’il m’arrive souvent de citer, en fin de réunion tardive, le conseil du psaume : « Le Seigneur comble son bien-aimé quand il dort… », mon activité, débordante, ne s’inscrit pas toujours dans ce sens ! Quelques petits soucis de santé m’ont obligé à revoir mon « semi-pélagianisme » et à réajuster mon regard.

Si Dieu a bien confié aux hommes le monde en gérance, à nous de nous dépenser pour cela et de poursuivre la tâche d’humanisation de la terre et de l’homme.

Les propos du « semi-pélagien » veulent attirer l’attention sur notre double responsabilité, celle de l’accueil de ce que le Seigneur fait au cœur du monde et de l’homme, tout autant que celle du travail de l’homme dans le monde.

Un commentaire, paru dans la revue Magnificat, éclaire cette double tâche : « La source de notre énergie, de notre dynamisme n’est plus en nous mais dans la divine Présence… Je suis convaincu que les croyants ne tiennent pas assez compte en fait que Dieu est un agent actif dans les affaires de ce monde. Voici je me tiens à la porte et je frappe (Apocalypse). Mais trop de personnes, bien intentionnées, sont si remuantes et bruyantes, dans leur désir de faire quelque chose pour Dieu, qu’elles ne l’entendent pas, lorsqu’il leur demande de le laisser agir, lui, par leur intermédiaire. » (Thomas R. Kelly)

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Michel AMALRIC

Prêtre du diocèse d’Albi, chargé de la communication.

(re)publié: 01/09/2010