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Les trois tamis

Dans son épître, saint Jacques parle de la langue comme un tout petit membre du corps, mais qui peut se vanter de grandes choses. Il la compare tour à tour au petit gouvernail qui guide un bateau, au mors dans la bouche des chevaux pour qu’ils obéissent, ou encore à une petite flamme qui peut mettre le feu à une grande forêt.

Il poursuit sur un ton péremptoire : « La langue, personne ne peut la faire obéir, c’est une chose mauvaise qui ne reste jamais tranquille. » L’exhortation de saint Jacques est une bonne mise en garde et une invitation à porter attention à ce que nous disons.

Bien avant cette recommandation biblique, celle de Socrate, au Ve siècle avant Jésus Christ : interpellé par quelqu’un qui voulait lui parler de la mauvaise conduite de son ami, Socrate interrompt son interlocuteur : « Ce que tu veux me dire, l’as-tu passé au travers de trois tamis ? » Étonnement de cet homme qui, aussitôt, demande à Socrate de lui expliquer ce qu’il veut dire.

Tout d’abord, il lui parle du tamis de la vérité : « Ce que tu as à me dire de mon ami, est-ce vrai ? L’as-tu vérifié ? » Celui-ci lui répond qu’il a appris les choses d’autres personnes et qu’il n’a pas pu les vérifier. Ses propos ne peuvent donc passer le tamis de la vérité. Au fil de l’échange, Socrate révèle les deux autres tamis : celui de la bonté et celui de l’utilité. « Ce que tu veux me dire sur mon ami, est-ce quelque chose de bon ? Et, dernier tamis enfin, est-il utile de me le dire ? »

« Eh bien, dit Socrate pour conclure, si ce que tu as à me dire n’est ni vrai, ni bon, ni utile, je préfère ne pas le savoir. Quant à toi, je te conseille de l’oublier. »

Socrate, le sage, Jacques, le disciple de Jésus, tous deux à des siècles de distance, nous invitent à suivre leurs recommandations, alors que nous sommes très souvent en train de parler d’autrui. Deux millénaires plus tard, elles gardent toute leur pertinence avec l’exigence de la vérité, de la bonté et de l’utilité au cœur de tous nos propos.

Au début du jour, les moines se retrouvent dans le chœur pour la première prière monastique. Tout en faisant un signe de croix sur les lèvres, une première supplication reprise trois fois : « Seigneur, ouvre mes lèvres... » Premier jaillissement d’une parole qui nous tire de la nuit ! N’est-elle pas un appel pour que les paroles du jour soient éclairées par cette invocation adressée à Dieu ? La sagesse de Socrate peut concrétiser la teneur de tout ce qui, passé par les trois tamis, viendra sur nos lèvres.

Que deviendrait notre monde si tous les matins, hors des murs des monastères, sur les lèvres de chacun d’entre nous, résonnait l’invitation : « Seigneur, ouvre nos lèvres » ? Notre langue pourrait être alors le bon gouvernail pour la rencontre des autres, le mors qui refrène nos paroles médisantes et parfois assassines, et aussi la petite flamme qui embrase de vérité toute l’humanité !

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Michel AMALRIC

Prêtre du diocèse d’Albi, chargé de la communication.

(re)publié: 01/01/2010