Modifié : 1er mars 2006
Original : 23 janvier 1991
votre opinion nous intéresse
++ + +- - --
Moyenne : pas assez de résultats
Bookmark and Share
Recherche dans le Catéchisme
Numéro(s) recherché(s): 43-47

43Dépasser les peurs et ouvrir des routes

Les difficultés de la foi aujourd'hui sont nombreuses. Mais il ne sert à rien de se lamenter. Il y a des obstacles qui peuvent faire avancer. Nous devons être prêts à "nous expliquer devant tous ceux qui nous demandent de rendre compte de l'espérance qui est en nous (cf. 1 P 3,15). La parole de saint Pierre s'adresse à chaque croyant. C'est l'Église tout entière qui a vocation missionnaire et qui est envoyée pour annoncer l'Évangile au "monde de ce temps", selon la formule de la Constitution pastorale Gaudium et spes du concile Vatican II.

Trois défis majeurs, ou problèmes insistants, se trouvent sur la route des hommes soucieux de rencontrer et de vivre la foi: ce que l'on appelle la "sécularisation"; des peurs qui restent à dépasser; et enfin, mais il traverse tous les temps, le scandale du mal.
44La sécularisation est le mouvement qui conduit les hommes à regarder le monde, et les sociétés à se construire, sans référence à des critères religieux. Ce mouvement est porté par l'essor de la rationalité moderne, analytique et objectivante. Il demande un discernement. Bien analyser conduit à mieux maîtriser, pour une plus grande liberté. La Bible et la foi chrétienne invitent à cette maîtrise, qui sera facteur de progrès si elle est au service de l'homme. Les croyants n'ont pas à dénigrer ce qui permet d'humaniser la nature et les conditions de vie.

La nouveauté des fantastiques développements auxquels nous assistons nous invite à nous interroger sur leur sens, leur destination: Pour quoi? Pour qui? Au service de quoi? Au service de qui? La science et la technique tendent à devenir la "religion" moderne, se substituant aux fonctions des religions archaïques: conjurer l'inconnu. La science, par ses analyses, met à distance ce qui survient d'inconnu pour le transformer en "objet" connu. Quant à la technique, avec les manipulations et mainmises qu'elle permet, elle tend à prendre la figure d'une nouvelle magie.
45Cependant le mythe du "progrès" sans fin obtenu par la seule connaissance s'est brisé à Hiroshima et à Auschwitz. La question du sens revient alors, et d'abord par l'éthique.

Pour le dire autrement, c'est la question de l'homme qui devient aujourd'hui centrale: l'homme dans son identité, dans ses droits, dans sa conscience, dans sa liberté et dans sa relation constitutive à Dieu.

Il s'agit de comprendre que "l'homme est la route fondamentale de l'Église" (RH 14), parce que Dieu, en se révélant, révèle pleinement l'homme à lui-même, l'homme avec sa finitude et son caractère faillible, mais aussi avec sa liberté ouverte à Dieu et aux autres.

A cet égard, aucun temps n'a peut-être été autant que le nôtre en attente des lumières de la foi chrétienne. Car entre tous les hommes membres de la même famille humaine existe une fraternité qui demande à être vécue en acte, surtout quand il faut lutter contre ce qui menace la vie et la liberté des hommes. Cette fraternité appelle la reconnaissance de Celui qui est son fondement: le Père créateur qui nous donne son Fils comme "le Chemin, la Vérité et la Vie" (Jn 14, 6).

Nous appartenons à cette humanité qui cherche sa route et qui est parfois tentée de se suffire à elle-même. Mais la foi catholique reçue des apôtres est une invitation permanente à vaincre la peur et à découvrir que Dieu est avec nous pour nous rendre libres. L'appel de Jean-Paul II au début de son pontificat: "N'ayez pas peur! Ouvrez toutes grandes vos portes au Christ!" est toujours à réentendre.
46Au cours de son histoire, l'Église a déjà eu à relever d'autres défis: que l'on pense à l'ouverture aux païens des premières communautés chrétiennes, à l'évangélisation des barbares, à la découverte du Nouveau Monde, à la crise de la Réforme, à la tourmente révolutionnaire, aux grands mouvements politiques et sociaux du siècle dernier.

Les défis d'aujourd'hui sont immenses, dans les domaines de la culture, de l'économie, de la politique, des questions nouvelles posées par le progrès accéléré des techniques, de la biologie à l'informatique. Ayant dépassé toute peur, les disciples du Christ mort et ressuscité peuvent retrouver la fierté de leur foi, dans une attitude d'humble confiance en Dieu et d'ouverture aux questions des hommes. Ils sont forts de la conviction d'être porteurs pour le monde d'un message d'espérance qu'ils ont à rendre crédible par leurs paroles et leurs comportements.
47Le dernier défi, et non le moindre, que la foi se doit de relever, reste malgré tout le scandale du mal: drames personnels ou catastrophes collectives, énigme de l'homme divisé en son coeur, capable de haine et de volonté de mort. Le croyant sait que lui-même, comme tout homme, n'évitera pas d'être un jour affronté ainsi à l'épreuve, ne serait-ce que celle de sa propre mort. Le scandale du mal est la pierre de touche de toute vision du monde. C'est en parlant du salut par la croix qu'on pourra exprimer avec précision la position chrétienne. Qu'il suffise simplement d'attirer pour l'instant l'attention sur la manière dont la foi chrétienne aborde de front et sans tricher l'énigme du mal. L'épreuve n'est pas niée. Mais le croyant sait comment elle peut changer de signe et laisser passage à la vie, parce que Dieu le premier, en la personne de son Fils, fait corps avec l'homme souffrant. Entre la résurrection du Christ et la nôtre, la force nous est donnée pour traverser les épreuves.

Finalement, qu'est-ce que cela change de devenir chrétien aujourd'hui? A celui qui pose cette question, il faut demander la qualité du bonheur qu'il recherche, et ce qui, en vérité, au-delà du nécessaire pain quotidien, le fait réellement vivre? Les chrétiens partagent la vie des hommes au milieu desquels ils sont dispersés. Ils sont affrontés aux mêmes difficultés et se réjouissent des mêmes joies. Cependant, ce qui leur est donné avec la foi change tout: c'est Quelqu'un capable de faire "toutes choses nouvelles" (Ap 21,5).
© Certains droits réservés