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Nouveau Testament
Comment comprendre, dans l’épisode du figuier desséché, Jésus ronchon et colérique, maudissant un figuier pour le seul motif qu’il ne peut satisfaire sa faim ?
Mc 11,12-25

Mc 11,12-25

Convenons que cet épisode, tel qu’il est rapporté par l’évangile de Marc, a de tout temps embarrassé les lecteurs... à commencer par les autres évangélistes !
Jean l’ignore. Matthieu en a réduit le côté choquant pour en faire la puissante illustration d’un enseignement sur la foi et sur la prière. Quant à Luc, s’il parle d’un figuier stérile, c’est dans le cadre non d’un récit mais d’une parabole (Lc 13,6-9) et la conclusion est toute différente puisqu’elle souligne la patience de Dieu qui ne désespère pas de voir le figuier produire enfin du fruit.

Pour limiter le malaise et ne pas voir dans cet épisode le caprice destructeur du magicien Jésus, à la manière de certains récits des apocryphes, on pourra certes observer que les évangiles canoniques ne se prêtent guère à ce genre de lecture et que, si tel était le cas ici, nous serions alors en présence de l’unique malédiction attribuée explicitement à Jésus dans le Nouveau Testament.

Peut-être même vaut-il mieux ne pas trop vite parler de « malédiction » en notant que, si Pierre interprète ainsi la parole de Jésus (v.21), lui et les autres disciples nous ont habitués à de fréquentes incompréhensions des paroles et gestes du Maître (cf. Mc 8,32-33 ; 9,5-6). Une saine prudence est donc ici de mise !

Ce qui est sûr dans tous les cas, c’est que la glose explicative de Marc au verset 13, selon laquelle « ce n’était pas le temps des figues », nous dissuade de faire une lecture au premier degré de ce récit dans lequel Jésus parle à un arbre et exige qu’il soulage sa faim... Cette curieuse faim de Jésus, qui n’est pas partagée par ses disciples, est sans doute à comprendre comme une métaphore : si la recherche de figues symbolise la recherche de justes (Mi 7,1-2), ne pas en trouver revient à constater l’inutilité, la stérilité des institutions qui auraient dû servir au développement de la justice dans le peuple... à commencer par le temple.

Car la construction « en sandwich » que Marc fait de son récit - selon un procédé qui lui est cher (Mc 3,20-35 ; 5,21-43 ; 6,7-33 ; 14,1-11) - nous conduit à interpréter l’un par l’autre les deux épisodes du figuier et des vendeurs chassés du temple (Mc 11,15-19).
C’est le Temple de Jérusalem et tout ce qu’il représente bien plus qu’un pauvre figuier qui s’entend condamné « pour l’éternité » à la stérilité !

Sans prétendre qu’elle soit définitive, ni même la seule possible, nous adoptons donc ici l’interprétation proposée par Camille FOCANT dans son commentaire de l’évangile selon St Marc (Paris, Cerf, 2004) :
« C’est à cause de sa proximité symbolique avec le temple que, dans le texte de Marc, le figuier se voit demander des figues, alors que ce n’est pas la saison. Dans le second évangile, le mot »kairos" a presque toujours une portée eschatologique : le temps de la proximité du Règne de Dieu (1,15), du ramassage des fruits (11,13), du retour du Fils de l’homme (13,33). C’est un désastre pour le figuier-temple de ne pas porter de fruits au moment où Jésus proclame la venue du Règne de Dieu.
La parole du v.14 se situe donc dans la lignée des gestes prophétiques qui disent de manière imagée quelque chose du destin d’Israël."
(pp.422-423)

André KERYGME

Curé de Port St Nicolas

André KERYGME

Curé de Port St Nicolas

(re)publié: 1er septembre 2007