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Les escales d'Olivier
 
Le mariage
Le mariage, une cordée

Avant de prendre pied sur un glacier qui permettra d’atteindre un sommet, avant d’entreprendre l’escalade d’une paroi, il y a toujours un arrêt indispensable. C’est le moment de chausser les crampons pour le glacier et de s’encorder, qu’il s’agisse du glacier ou de la paroi.

L’opération est importante et demande de mettre toute son attention en prenant son temps : il peut y aller de la vie de tous et de chacun.

Je suis donc lié, relié à mon compagnon de cordée; nous ne sommes plus indépendants, nous dépendons l’un de l’autre; nous sommes obligés de marcher au même rythme.

Lorsque, en escalade, je suis en difficulté, cherchant mes prises, je peux dire ou crier, « vas-y » ou « du mou ». Lorsque se présente un passage aérien, je me sens en sécurité parce que mon compagnon a pris une assurance sur un becquet.

Ne suis-je donc plus libre parce que nous avons à marcher ensemble, attentifs l’un à l’autre, nous attendant, nous épaulant, sachant que nous pouvons compter l’un sur l’autre ? Liés pour les passages faciles comme pour ceux qui sont plus difficiles, ayant besoin de l’autre pour les joies à découvrir comme pour les risques à prendre, ai-je l’impression d’avoir perdu ma liberté ?

Je me sens pleinement libre, pouvant faire ce qui, seul, me serait impossible. Mon harnachement, loin d’être une entrave, est, pour moi, possibilités nouvelles, sécurité, source de joie; il permet des audaces qui, autrement, seraient des imprudences.

Je ne suis plus indépendant, mais je suis libre et je peux oser, entreprendre, réussir : je peux vivre pleinement. Associer nos libertés, en perdant notre indépendance, c’est multiplier nos chances de découverte, c’est développer nos compétences, c’est pouvoir communier à la beauté de la haute montagne.

Ce que je trouve vrai en montagne, parce que je le vis, est également vrai dans bien des aspects de la vie. Pour en être témoin dans ma vie de prêtre depuis bientôt quarante ans, je crois très fortement que cela se vit aussi dans la vie de foyer, à condition de le vouloir avec tenacité.

Savoir que l’on peut compter sur l’autre au long des jours, être celui et celle qui est épaulé et qui épaule; se supporter au sens d’être support réciproque et souvent par alternance; vivre ensemble les moments faciles et ceux qui le sont moins.

Savoir que partager les soucis, c’est les amincir, habituellement, les éclairer, les porter à deux, unis dans l’effort et à cause de lui; savoir aussi que partager des joies, des souvenirs, des découvertes, c’est les approfondir, les grandir.

Croire que des différences mises en commun dans l’amour, c’est une richesse appelée à se développer lorsque sont présents le respect, l’attention, la volonté de servir. Chacun apporte ce qu’il est, ce qu’il sait, ce qu’il peut; chacun sait que l’amour n’est pas ressemblance ni uniformité, mais unité toujours en construction.

Il faut se dire que l’engagement, rendu public, engage l’avenir, compromet, invite à la solidité, apporte la sécurité, fait naître la confiance.

Tout n’est pas fait parce que l’on part ensemble, mais tout devient possible dans la patience, l’humilité, la fidélité qui est espérance : je crois que demain peut toujours être autrement, et je le veux; je crois au plus-être, au mieux-être dont tu es capable avec moi, dont je suis capable avec toi.

Dire oui, se donner parole, se promettre fidélité et confiance, s’engager publiquement à s’épauler, est-ce perdre sa liberté ? est-ce trouver la liberté ?

 
 
 
Jacques DOUBLIER
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