| +Accueil+Contact+Newsletter+Smartphone | ![]() |
|
Les endroits les + visités récemment
|
Mes démêlés avec l’Évangile
Est-ce que je peux encore me confesser ?
On m’a appris que pour se confesser valablement, il fallait avouer ses fautes, les regretter et avoir la ferme volonté d’y renoncer.
Je sais que je suis pécheresse, dès le sein de ma mère dit le psaume. Mais je sais aussi que je suis une pécheresse qui peut être pardonnée, car Tu es miséricordieux Seigneur, ce qui se conçoit parfaitement surtout depuis que ton Fils nous a dit que Tu étais notre Père. En tant que juge des enfants, j’ai connu des parents qui, à la suite d’un délit ou d’un crime commis par leur enfant, réagissaient en affirmant que pour eux, leur enfant était comme mort et ils l’excluaient radicalement du foyer familial; à l’inverse, il y en avait qui s’indignaient des poursuites engagées par la société contre leur chérubin; pour eux, il s’agissait d’erreurs de jeunesse qui devaient automatiquement passer à l’as. Je Te le dis Seigneur, ni les uns ni les autres n’étaient considérés comme des parents exemplaires. Tu t’en doutes, et Tu n’es sûrement pas comme eux, ça tombe sous le sens. Alors à quoi faudrait-il renoncer pour se confesser valablement puisqu’il ne peut s’agir de renoncer à mon état de vie de pécheresse ? Dans la plupart des cas le renoncement n’est pas précisé, sauf le cas des divorcés remariés : ils doivent s’engager à vivre comme frère et sœur. C’est, je le reconnais précis et peut-être faisable, mais j’aime autant Te le dire Seigneur, je ne partage pas du tout ce point de vue. En quoi le fait, pour des époux remariés, d’avoir des rapports normaux entre eux peut-il être une faute impardonnable à tes yeux ? Alors si j’applique mon esprit cartésien juridique à cette position, j’arrive à des situations paradoxales. Quand il y aurait grave mésentente familiale, il vaudrait mieux, au regard de cette règle, tuer son conjoint plutôt que de divorcer et de se remarier. Dans le premier cas, le criminel devenu veuf ou veuve pourrait espérer être pardonné et éventuellement se remarier religieusement, tandis que dans le deuxième cas, les remariés se retrouvent actuellement exclus non seulement de la bénédiction nuptiale, mais du sacrement de Pénitence et partant de l’Eucharistie. Même possibilité de réhabilitation injuste d’ailleurs, au cas où le décès ne serait pas criminel mais naturel !
Mais tu exagères va t-on me dire...
Oui je le sais, l’argument présenté pour justifier l’indissolubilité du mariage c’est l’ordre donné par ton Fils : « l’homme ne doit pas désunir ce que Dieu a uni. » C’est très clair, très fort, j’en conviens et c’est même solennel. Mais les Apôtres eux même, ont estimé que c’était trop dur. Et ils ont invoqué Moïse. « Certes a rétorqué ton Fils, c’est en raison de l’endurcissement de votre cœur que Moïse a parlé d’un acte de répudiation. Mais ce n’est pas le projet initial de Dieu. » Et je suis d’accord avec ton projet Seigneur; il est très bon, il est même excellent. C’est ce que l’on souhaite à tous les nouveaux époux chaque fois qu’on assiste à un mariage, et c’est d’autant plus souhaitable s’il y a par la suite des enfants. Briser une union peut être une faute grave, à tout le moins une grave erreur dans le choix du futur conjoint. C’est dans tous les cas un échec meurtrissant, difficile à vivre pour les époux, les enfants et même pour tous les membres de ces deux familles. Mais il arrive malheureusement que le divorce devienne parfois indispensable voire obligatoire quand, par exemple, l’un des époux, ou les enfants, sont en danger du fait de l’autre, et ce n’est pas le seul cas. Et alors, vivre en célibataire équilibré n’est pas donné à tout le monde. Même certains clercs le savent bien. Et je me pose une question. Pourquoi faire des différences entre tous ceux qui ont des difficultés à respecter tes commandements sur le plan des relations sexuelles ? Pourquoi ceux qui s’accordent une petite passe de temps en temps ou qui vivent en concubinages successifs avec des partenaires éphémères pourraient être pardonnés, mais pas ceux qui après une première erreur, fondent un nouveau foyer durable ? Je Te laisse juge Seigneur.
Mais ils ont la possibilité d’accéder à la communion spirituelle, m’a t-on évoqué. Oui ! C’est sur, mais je ne sais pas s’il y en a qui s’y retrouvent; pour moi, ça reste assez vague. Et de deux choses l’une, ou c’est aussi bien que la communion sous les deux espèces (et pourquoi la réserver aux seules personnes empêchées) ou ça n’est qu’un pis aller. Je ne suis pas seulement un pur esprit, je suis aussi un corps bien charnel, le tout mélangé en une personne. Et quand ton Fils a dit « Mangez ma chair, buvez mon sang pour avoir la vie éternelle en vous », ça n’était pas qu’une image; Il a réellement donné son corps, donné son sang, en vrai.
Et que penser de la situation pas si rare que ça dans notre société déchristianisée, d’une personne qui a été baptisée, s’est mariée à l’église - c’est la tradition, c’est plus solennel - ça fait plaisir à une grand-mère, mais sans recevoir une formation religieuse ni même une préparation religieuse au mariage sérieuse (ça arrive). Si cette personne, au bout de quelque temps divorce, elle peut sans penser à mal, surtout si la grand-mère est décédée, se remarier civilement et puis sous l’effet de ta grâce Seigneur, à l’occasion d’un deuil d’une naissance, que sais-je, elle peut être amenée à se poser la question du sens de sa vie. Et après un temps de formation où cette personne Te découvre, et peut s’enthousiasmer pour Toi, elle apprend l’exclusion qui la touche, à moins de re-divorcer ou de ne plus vivre complètement sa vie de couple. « Vous ne saviez pas, vous n avez pas fait attention, on est désolé mais on ne peut pas entrer dans ces considérations. Vous êtes dans une situation qui entraîne automatiquement l’exclusion. » Mais enfin Seigneur, ce n’est pas vraiment juste. Même le code pénal réagit autrement. Pour les infractions les plus graves, les seuls éléments matériels ne suffisent pas pour constituer le crime ou le délit, il faut encore une volonté claire, affirmée, de faire ce qui est défendu. Tu vois ? Bref au terme de cette longue réflexion, sous ton regard Seigneur, je ne vois pas de grande différence entre les pécheurs, disons ordinaires, et certains divorcés remariés. Nous sommes tous dans un continuel état de vie de pécheurs. Certes au regard de ton projet initial, Tu ne peux accepter de bénir un deuxième mariage, alors que le premier existe toujours, c’est évident. Et la situation actuelle où le nombre des divorces augmente à la vitesse grand V est diablement (c’est le terme qui convient) préoccupante. On pourrait se demander si la condamnation des divorcés remariés peut être un frein à cette dérive ?
Françoise REYNES
Laïque mariste
|
![]() Françoise REYNES
Laïque mariste
Dans cette rubrique
|
