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Sans Pâques, pas de Noël !

Si ce titre énonce, vraiment, pour vous, une évidence, vous pouvez arrêter là votre lecture. En effet, tout est dit, l’A (alpha) comme l’Ω (omega).
Encore faut-il mettre les choses à leur place, en ordre.

Le commencement, l’origine, le fondement de la foi chrétienne, c’est la résurrection de Jésus. Cet homme que l’on a vu mourir est reconnu vivant ! L’inimaginable oblige à tout repenser, se souvenir, réinterpréter. C’est de cette relecture de la vie et la mort de Jésus que nait la foi des apôtres transmise dans les évangiles. L’homme Jésus devient Jésus-Christ, fils de Dieu, Seigneur.

Pour mettre les écrits en ordre, les évangiles synoptiques adoptent plus ou moins un modèle biographique, donc chronologique. C’est aussi un modèle théologique : la christologie ascendante qui part de l’humanité de Jésus avant de découvrir et témoigner de sa divinité. C’est le mouvement qu’ont connu ceux qui ont suivi les chemins de Jésus. Cette démarche intellectuelle alimente encore la recherche historique : qui était ce Jésus et comment vivait-on alors ? Ces recherches aident à mieux situer, et par conséquent mieux comprendre les textes. Pourtant, le modèle biographique se heurte à la naissance et même à la vie « cachée » de Jésus... alors, on imagine les maillons manquants ! En écrivant cela je manifeste un esprit critique alimenté par la foi elle-même qui interpelle l’intelligence et fait toute la différence avec la crédulité.

La factualité des récits des évangiles de l’enfance peut tout à fait être discutée du point de vue historique - et biologique - sans que soient rejetés les messages qu’ils véhiculent. Les différentes méthodes de la critique historico-littéraire ne sont-ils pas déjà présents dans les différents sens des Écritures selon Origène ? Ne restons donc pas au niveau de l’obscure clarté de l’étoile qui éclaire la crèche et guide les rois mages, fait accourir les bergers et chanter les anges. Ce n’est pas facile dans le contexte actuel folklorique, mercantile et consumériste qu’une certaine piété « populaire » a alimenté, masquant puis effaçant même la signification de Noël.

On ne peut pas fêter Noël si on ne n’y voit pas le moment où Dieu s’est fait chair... et pour cela, il faut d’abord confesser que Jésus est Dieu !

C’est pourquoi le quatrième évangile adopte (logiquement) une approche tout autre, celui d’une christologie descendante. Son prologue ne commence pas avec la naissance de Jésus mais par l’affirmation que « dès le commencement » était le Verbe, que le Verbe était Dieu, qu’il s’est fait chair et qu‘il a habité parmi nous. Le témoignage évangélique devient alors : « Personne n’a jamais vu Dieu ; Dieu fils unique qui est dans le sein du Père nous l’a dévoilé. »

Partant ainsi, la chronologie n’a qu’une place secondaire. Il s’agit plutôt de montrer les signes (et leur sens) et de témoigner de la glorification de Jésus. En conséquence, les faits - et les discours rapportés - ont pour seul but « qu’en croyant nous ayons la vie en son Nom ». Des faits, Jésus en a accompli bien d’autres. « Si on les racontait, le monde ne suffirait pas à contenir les livres qu’on écrirait »... A fortiori, nul besoin d’écrire ce que l’on ne sait pas.

Par son incarnation, sa vie, sa mort et sa résurrection, Jésus, le Verbe fait chair, nous révèle l’amour de Dieu. L’incarnation, la naissance et ses modalités ne sont pas plus accessibles à la raison que la résurrection. Si nous ne confessions pas la résurrection et la présence éternelle du Fils parmi nous, la naissance d’un certain Jésus (de Nazareth, qui plus est !) n’aurait aucun intérêt.

Le début, l’A, n’est donc pas à Bethléem il y a (environ) 2021 ans mais dès « les commencements » selon les premiers mots de la Genèse ; et la fin, l’Ω n’est pas au Golgotha mais dans la foi et l’espérance d’un ciel nouveau, d’une terre nouvelle : le Royaume de Dieu.

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Bernard PAILLOT

Médecin cancérologue du CHU de Rouen, titulaire d’un master de théologie.
Coordinateur des sessions « Culture et foi », paroisse de Pleumeur-Bodou.

(re)publié: 01/12/2021