Logo

2e dim. ordinaire (16/1) : Commentaire

En ce repas eucharistique, nous méditons sur le repas des noces de Cana. Les deux se tiennent évidemment, le second étant le signe du premier. Nous fêtons les noces du Christ avec son épouse qu’est l’Eglise (évangile). Oui, toi, Eglise, humble petite communauté ici réunie, Dieu t’a épousée d’amour (première lecture). L’Esprit du Seigneur t’a dotée de dons variés et précieux (deuxième lecture).

Première lecture : Is 62,1-5

Voyez l’empressement du prophète - Je ne me tairai pas, je ne prendrai pas de repos - à prédire un avenir glorieux pour Sion, celle qu’on appelait : la délaissée, terre déserte. Elle recevra un nom nouveau, celui de préférée et, audace, d’épouse.

Image insolite. On voit mal un architecte épouser une ville : celui qui t’a construite t’épousera. Mais la réalité dépasse l’image. Car cette ville, c’est le peuple élu, chéri de Dieu. Et ce qui n’était qu’annonce prophétique se réalisera d’une façon insoupçonnée, “incroyable” en Jésus qui “épousera” la nouvelle Sion, l’Eglise. Le premier “signe” que fera Jésus, n’aura-t-il pas pour cadre des noces (évangile) ? Le Royaume des cieux n’est-il pas semblable à un roi (le Père) qui fit des noces pour son fils (Jésus) (Mt 22,2) ? Ces épousailles seront sanglantes, l’alliance sera scellée sur la croix quand le Christ se livrera pour son Eglise (Ep 5,25).

Voilà qui nous change des critiques amères et des propos démolissants. Dieu pense autrement de son Eglise. Elle est une couronne resplendissante entre ses doigts, un diadème royal dans ses mains. Elle est la joie de Dieu. Toutes les faiblesses, misères et chutes de l’Eglise trop humaine, trop institutionnelle n’y changent rien. Il l’aime.

Mais cette Eglise, c’est nous ! N’avons-nous pas, trop souvent, des rapports “institutionnels” avec Dieu, alors qu’il attend, lui, l’attachement du cœur ? Quand prendrons-nous conscience d’être aimés de Dieu, d’être ses préférés, sa couronne et son diadème !

Psaume : Ps 95

Après cette glorification de l’Eglise par Dieu lui-même, celle-ci (nous) chante au Seigneur un chant nouveau, le chant toujours neuf des épousailles du Christ avec son Eglise. Elle invite la terre entière à chanter avec elle :

Rendons au Seigneur la gloire et la puissance !

Et, après l’avoir ainsi chanté dans l’assemblée eucharistique, racontons ses merveilles à tous les peuples, allons dire aux nations : le Seigneur est roi, roi d’amour et de miséricorde.

Deuxième lecture : 1 Co 12,4-11

Dans chacune des trois années du cycle, les premiers dimanches du Temps ordinaire, nous lisons quelques chapitres de la première Lettre aux Corinthiens. Celle-ci se laisse ainsi disséquer parce qu’elle traite de sujets divers sans grand rapport entre eux. En cette année C nous entendons les réponses de Paul à deux questions que, entre autres, on lui avait posées : Que faut-il penser des charismes ? Qu’en est-il de notre résurrection ?

Nos communautés chrétiennes sont trop sages, trop surveillées par la hiérarchie et souvent trop ennuyeuses. Au temps de la jeune Eglise, c’était le bouillonnement, l’enthousiasme de la ferveur première, accompagnés de manifestations extraordinaires comme nous les trouvons encore aujourd’hui chez les saints ou dans les jeunes fondations - avec l’inévitable danger de l’excitation. Comme, encore, dans certaines de nos missions outre-mer, la difficulté de distinguer l’extase de la transe païenne. Là-dessus se greffait un petit complexe élitiste qui menait inévitablement à des rivalités.

Paul est trop fou de Dieu pour ne pas approuver l’extase en soi et les différents dons ou charismes. Et d’énumérer ceux-ci, sans que nous puissions toujours savoir de quoi il s’agit exactement. Le langage de la sagesse et celui de la connaissance de Dieu (sans doute une vue profonde du dessein de Dieu), le don de la foi (tous ont la foi ; ici c’est une foi extraordinaire, forte, entraînante), le pouvoir de guérison (nos saints l’ont encore), le don d’être prophète (non de prédire l’avenir, mais, à la manière des prophètes de l’Ancien Testament, de réveiller, secouer), le don de reconnaître ce qui vient de l’Esprit (précieux pour distinguer un “ravissement” du phénomène extatique païen ; plus largement ce qu’on appellerait aujourd’hui le flair surnaturel), celui des paroles mystérieuses (proche du don des langues que nos charismatiques essaient de revivre à leur manière), ou celui d’interpréter ces paroles. La liste, bien que longue, n’est pas exhaustive. Dimanche prochain, Paul énumérera encore d’autres charismes. On est frappé par le nombre, la diversité de ces dons. Quelle richesse ! Et quelle vie dans cette communauté !

Tout en reconnaissant la force positive de ce torrent, Paul veut le canaliser : ces dons variés viennent d’un seul et même Seigneur, d’un seul et même Dieu qui agit en nous et qui nous communique ses dons par l’Esprit Saint, grâce à lui, en lui.
Il n’y a donc pas, premièrement, à s’en targuer comme s’ils venaient de nous-mêmes. C’est donné. L’Esprit Saint distribue à chacun selon ses talents. Donc un peu d’humilité - et pas d’élitisme qui mépriserait les autres !

Deuxièmement, si ces dons viennent du même et unique Esprit, d’un seul et même Dieu, vous auriez mauvaise grâce de pousser la différence jusqu’à la divergence et même la division. La source est commune, ces dons ne sauraient vous séparer : vous les avez reçus en vue du bien de tous. Le charisme est donc avant tout service. Vive la diversité dans l’Eglise ! Pas le désordre.

* Texte précieux pour nos communautés chrétiennes. Celles-ci seront saines lorsque seront également reconnus : le droit à la différence et le devoir d’unité ; le laïcat et la hiérarchie, l’imagination créatrice et l’humilité pour la laisser authentifier par l’autorité.

Nos messes dominicales devraient être l’expression de cette théologie de l’Eglise : non une masse bêlante, ni la fantaisie à odeur tout aussi cléricale, mais la participation de chacun selon son don, la spontanéité en vue du bien de tous.

Théologie de l’Esprit, non moins : l’Esprit qui porte le Père et le Fils l’un vers l’autre, en les posant distincts et unis, tout à la fois - est aussi, dans l’Eglise, source de personnalisation et d’unité.

Evangile : Jn 2,1-11

On ne comprend ce récit qu’en y voyant un signe, un signe de foi. Cela est difficile à notre mentalité moderne, mais l’évangéliste est formel : Tel fut le commencement des signes de Jésus. Il manifesta sa gloire par ces signes. Et ces signes provoquent la foi : ses disciples crurent en lui. Il y a progression logique : signe - gloire - foi. Il faut donc dépasser le simple récit de cette eau changée en vin pour voir “autre chose”.

Trois éléments de ce récit doivent donc être décodés : les noces, Marie, l’eau transformée en vin. Tous trois annoncent ce qui va arriver dans la vie du Christ - et dans la nôtre.

Les noces d’abord. Ce thème reviendra souvent dans la prédication de Jésus : « Le Royaume des cieux est semblable à des noces » où le Père marie son Fils à l’Humanité. Ces noces de Cana annoncent donc un grand mariage, le mariage d’amour du Christ et de son Eglise (première lecture). L’heure des noces sur la croix n’est pas encore venue ; mais, en cette heure, elle est annoncée.

Le deuxième signe est Marie. Jésus ne l’appelle pas mère, déjà il lui donne le titre qu’elle aura sous la croix : femme. Elle est signe de l’Eglise, qui est épouse, qui ne sait pas encore tout ce qui va arriver, mais qui fait confiance : « Faites tout ce qu’il vous dira. »

Le troisième signe est le changement de l’eau en vin. Quelque chose est en train de changer, l’Ancien Testament bascule dans le Nouveau, l’eau de la Loi juive devient vin de la grâce. A la fin du repas est servi le bon vin, gardé secret jusque là. Le Christ est lui-même le bon vin de la fin des temps. Et le vin joyeux des noces préfigure l’enthousiasme enflammé de l’Esprit de Pentecôte.

Tout cela semble tiré par les cheveux. Mais Jésus n’aurait-il fait ce geste que pour dépanner les convives à court de vin ? C’est contre toutes ses habitudes. Nous avons ici le commencement des signes que Jésus accomplit... Il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui. Par un procédé, dit d’inclusion, ce qui ne sera évident qu’à la fin est déjà inclus, réalisé en amorce au début. Déjà, par ce signe, Jésus manifeste sa gloire, qui il est, la gloire du Père. Déjà ce signe provoque un début de foi, ses disciples crurent en lui. Ici, à Cana en Galilée, c’est le commencement, une espèce d’ouverture joyeuse, un prélude à la joie, le commencement de ce qui s’épanouira en gloire entière quand l’heure sera enfin venue, celle de sa résurrection. Alors les disciples croiront, d’une foi adulte et ferme.

Bien en harmonique à ce thème des noces du Christ, les couples chrétiens se réjouiront en voyant Jésus honorer et sanctifier de sa présence leur propre amour conjugal. Comme Jésus est humain ! Comme il sait participer à la joie des noces ! Marie, elle aussi, était là.

Quant aux célibataires, qu’ils se sentent, eux aussi, concernés. De savoir lequel est le plus grand, du mariage ou du célibat, voilà le type même de la fausse question. Chaque chrétien, de par son baptême, est “marié au Seigneur”. La vraie question est de savoir si j’ai avec lui une relation de tendresse. C’est bien à celle-ci que nous invite cet évangile.

Une faute d'orthographe, une erreur, un problème ? Dites-nous tout !
 
René LUDMANN c.ss.r.

Prêtre du diocèse de Luxembourg.

(re)publié: 16/11/2021