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L’oecuménisme
Un avenir de paix
« Dieu prépare pour vous un avenir de paix et non de malheur; Dieu veut vous donner un futur et une espérance. » [1]
Nous sommes dans une période où beaucoup se demandent : mais qu’est-ce que la foi ? La foi est une confiance toute simple en Dieu, un élan de confiance indispensable, sans cesse repris au cours de la vie.
Dans l’Évangile, une des premières paroles du Christ est celle-ci : « Heureux les coeurs simples ! » [5] Oui, heureux qui avance vers la simplicité, celle du coeur et celle de la vie.
Notre prière personnelle est simple elle aussi. Pensons-nous que, pour prier, il y a besoin de beaucoup de paroles ? [8] Non. Il arrive que quelques mots, parfois maladroits, suffisent pour tout remettre à Dieu, nos craintes comme nos espérances.
Où trouver la simplicité indispensable pour vivre l’Évangile ? Une parole du Christ nous éclaire. Un jour il dit à ses disciples : « Laissez venir à moi les enfants, les réalités de Dieu sont à ceux qui leur ressemblent. » [10]
Jésus, le Christ, est venu sur la terre non pas pour condamner quiconque, mais pour ouvrir aux humains des chemins de communion.
Dans l’Évangile, il nous est offert de découvrir cette réalité surprenante : Dieu ne crée ni peur ni inquiétude, Dieu ne peut que nous aimer.
[1] Ces paroles ont été écrites six cents ans avant le Christ : voir Jr 29,11 ;31,17 [2] En cette année où dix nouveaux pays se sont joints à l’Union européenne, beaucoup de jeunes européens sont conscients de vivre sur un continent qui, après avoir été long temps éprouvé par les divisions et les conflits, recherche son unité et avance sur le chemin de la paix. Certes, il reste des tensions, des injustices, parfois des violences, qui suscitent des doutes. Il s’agit alors de ne pas s’arrêter en route : la recherche de la paix est aux sour ces même de la construction de l’Europe. Mais celle-ci ne nous intéresserait pas si elle avait pour unique but de créer un continent plus fort, plus riche, et si l’Europe cédait à la tentation de se replier à l’intérieur de ses frontières. L’Europe devient pleinement elle-même quand elle est ouverte aux autres continents, solidaire avec les nations pauvres. Sa construction trouve son sens quand elle est considérée comme une étape au service de la paix de toute la famille humaine. Voilà pour quoi, si notre rencontre de fin d’année s’appelle « rencontre européenne », nous aimons encore plus la voir comme un « pèlerinage de confiance sur la terre ». [3] Voir Jean 14,16-18 et 27. Dieu existe indépendamment de notre foi ou de nos doutes. Quand il y a en nous le doute, Dieu ne s’éloigne pas de nous pour autant. [4] Dostoïevski écrivit un jour dans ses Carnets de notes : « Je suis un enfant du doute et de l’incroyance. Quelle terrible souffrance m’a coûtée et me coûte cette soif de croire, qui est d’autant plus forte en mon âme qu’il y a davantage en moi d’arguments contraires... C’est à travers le creuset du doute que mon “hosanna” a passé. » Et pour tant Dostoïevski pouvait continuer : « Il n’y a rien de plus beau, de plus profond, de plus parfait que le Christ ; et non seulement il n’y a rien, mais il ne peut rien y avoir. » Quand cet homme de Dieu laisse pressentir qu’en lui le noncroyant coexiste avec le croyant, son amour passionné pour le Christ n’en est pas entamé pour autant. [5] Mt 5,3 [6] Même si notre confiance demeure fragile, nous ne nous appuyons pas sur notre propre foi seule ment, mais sur la confiance de tous ceux qui nous ont précédés et de ceux qui nous entourent. [7] Le programme alimentaire mondial de l’ONU a publié récemment une carte de la faim dans le monde. En dépit de progrès accomplis ces dernières années, 840 millions de personnes souffrent de la faim, dont 180 millions sont des enfants de moins de cinq ans. [8] Voir Mt 6,7-8 [9] Ce chemin d’abandon à Dieu peut être soutenu par des chants simples, repris et encore repris, comme celui-ci : « Mon âme se repose en paix sur Dieu seul. » Quand nous travaillons, quand nous nous reposons, de tels chants se poursuivent au-dedans du coeur. [10] Mt 19,14 [11] Un garçon de neuf ans, qui pendant une semaine venait prier près de nous, m’a dit un jour : « Mon père nous a quittés. Je ne le vois jamais mais je l’aime toujours et le soir je prie pour lui. » [12] Voir 1 P 3,18 ; Rm 1,4 et 1 Tm 3,16.12 [13] Cette communion porte le nom d’Église. Dans le coeur de Dieu, l’Église est une, elle ne peut pas être divisée. [14] Plus on s’approche de l’Évangile, plus on s’approche les uns des autres. Et s’éloignent les séparations qui déchiraient. [15] Le Christ appelle à se réconcilier sans tarder. Nous ne pouvons pas oublier sa parole dans l’Évangile de saint Matthieu : « Quand tu présentes ton offrande à l’autel, si tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, va d’abord te réconcilier » (5,23). « Va d’abord » non pas : « Remets à plus tard ». [16] À Damas, dans ce Moyen Orient si éprouvé, réside le patriarche grec-orthodoxe d’Antioche, Ignace IV. Il s’exprime en paroles saisissantes : « Le mouvement oecuménique est en régression. Que reste-t-il de l’événement prophétique des débuts et que des personnalités telles que le pape Jean XXIII et le patriarche Athénagoras, parmi d’autres, ont incarné ? Nos divisions rendent le Christ méconnaissable, elles sont contraires à sa volonté de nous voir un, “afin que le monde croie”. D’urgence nous avons besoin d’initiatives prophétiques pour faire sortir l’oecuménisme des méandres dans lesquels je crains qu’il ne soit en train de s’embourber. Nous avons un urgent besoin de prophètes et de saints afin d’aider nos Églises à se convertir par le pardon réciproque. » [17] Lors de sa visite à Taizé le 5 octobre 1986, le pape Jean-Paul II a suggéré une voie de communion en disant à notre communauté : « En voulant être vous-mêmes une “parabole de communauté”, vous aiderez tous ceux que vous rencontrez à être fidèles à leur appartenance ecclésiale qui est le fruit de leur éducation et de leur choix de conscience, mais aussi à entrer toujours plus profondément dans le mystère de communion qu’est l’Église dans le dessein de Dieu. »
Roger SCHUTZ-MARSAUCHE (« Frère Roger »)
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Roger SCHUTZ-MARSAUCHE (« Frère Roger »)
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