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L’Évangile du mois
Principe de précaution
6e dimanche du temps ordinaire C
Dimanche 14 février 2010
Évangile selon saint LucChapitre 6, 17.20-26 Jésus descendit de la montagne avec les douze Apôtres et s’arrêta dans la plaine.
Regardant alors ses disciples, Jésus dit : « Heureux, vous les pauvres :
Finis donc les temps d’insouciance, il est urgent de devenir responsable. Finie la navigation à courte vue, il faut penser plus loin, jusqu’aux générations futures. Fini le seul intérêt premier, il peut cacher en puissance des drames trop lourds à assumer. Fini le repli sur le seul bénéfice local ou régional : dans un monde devenu village, il y a à réfléchir aux conséquences de ses choix pour les autres. Face à la pression croissante de la recherche de profits immédiats, face à la logique d’un progrès devenu aveugle, on se dit que cela n’est pas un mal. Retour d’une certaine sagesse. Quel rapport avec les Béatitudes, me direz-vous ? Car enfin, si un texte appelle au risque, au largage des sécurités, à la confiance inconditionnelle, c’est bien celui là !
Principe de précaution, d’une certaine manière. Car les béatitudes de Luc invitent les hommes à s’interroger sur leur devenir, ou, plutôt, sur les conséquences de leurs actes. Où donc leurs conduites les mènent-ils ? A la tristesse ou à la joie ? Or, sur ce chemin, les pronostics habituels, ceux qui font le plus souvent force de loi dans notre culture en misant avant tout sur la gloire et l’argent, ne sont pas les bons. Ici, au contraire, c’est le riche qui s’enfonce et le pauvre qui est sauvé; c’est l’affamé qui sera rassasié et le repus vidé; le rieur attristé et l’éprouvé réjoui ! Renversement de tous les pronostics. Cela peut nous paraître énorme, un peu fort de café. Une provocation facile, irréaliste, contredite par la vie. « Ainsi, comme on dit, l’argent s’il ne fait pas le bonheur, y contribue quand même ! »… J’ai l’impression que, dans nos esprits, il y contribuerait même de plus en plus ! Pourtant, quand on y réfléchit, au nom même de ce principe de précaution qui nous préoccupe tant, nous savons bien que laisser son existence se construire autour de la quête d’argent ou bien du « ne pas faire de vague et plaire à tout le monde » ou encore du refus de l’épreuve, c’est prendre le risque de passer à côté de la vie, à côté de sa vie. De ce côté là, l’Évangile nous ramène toujours. Avec toute la tendresse mais aussi l’énergie des prophètes. Un grand coup de vent. Qui déstabilise et pousse en avant. Il nous dit que le bonheur est dans la capacité d’accueil d’un Amour venu d’un Autre qui n’exige aucun mérite par avance et c’est pourquoi le pauvre est roi plus que le riche, toujours tenté lui de vanter ses mérites et de se croire tout seul à l’origine de son bonheur. Incapable alors de recevoir cet Amour gratuit, infinie confiance qui sauve, sans prétendre l’acheter préalablement par quoi que ce soit. Cette parole de Jésus, nous dit Luc, s’adressait à ses disciples. On peut donc supposer que parmi eux riches et pauvres se mêlaient. Comme aujourd’hui, comme en chacun de nous. Nécessité de conversion alors. Les Béatitudes sont un appel à reconnaître notre besoin d’amour et croire, qu’en Dieu, cet amour est donné au-delà de tout. S’appuyer sur ce don là pour faire sa vie conduit à la joie. Mais attention cela n’est pas si facile : il y a souvent des risques de malentendus, de déformation, de détournement de cet amour de Dieu mal compris. Pour diminuer ces risques, il vaut mieux se confronter sans cesse, en Église, à l’Évangile du Christ, lui, le vrai homme des Béatitudes. Au nom du simple principe de précaution, pourquoi ne pas se le rappeler ? Heureux-êtes vous !
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