Depuis plus de cinquante ans, les membres de la Mission de France (MDF) vivent la foi là où l’Eglise est peu présente. Voici comment la MDF explique le sens de cet engagement.
« Il y a un mur qui sépare l’Eglise de la masse. Ce mur, il faut l’abattre à tout prix pour rendre au Christ les foules qui l’ont perdu. » Cette conviction lancinante du cardinal Suhard, archevêque de Paris, est à l’origine de la création de la MDF, le 14 juillet 1941…
Placée sous le patronage de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, la MDF commence sous la forme d’un séminaire, ouvert le 5 octobre 1942 à Lisieux. Une fois formés, les prêtres sont envoyés par équipes, appelées alors communautés, au service des diocèses qui en font la demande, en milieu déchristianisé d’abord, puis dans les banlieues ouvrières des grandes villes.
Mais cette plongée dans un monde qui n’est pas chrétien inquiète. Le séminaire doit quitter L isieux pour Limoges, puis est fermé en 1953. L’arrêt des prêtres-ouvriers, en 1954, est vécu comme une déchirure. Cette même année pourtant, le Pape Pie XII accorde à la MDF un statut original : elle devient une prélature attachée au lieu symbolique de Pontigny (Yonne). C’est là que le séminaire rouvre ses portes.
Le Concile Vatican II confirme bon nombre des intuitions du courant missionnaire. En 1965, Paul VI autorise à nouveau l’envoi de prêtres-ouvriers. Une page nouvelle s’ouvre pour la MDF…
La MDF comprend aujourd’hui 250 prêtres et diacres, envoyés en équipe avec des laïcs partenaires, au service d’un cinquantaine de diocèses, en France et à l’étranger [au Maghreb, en Afrique Noire, en Amérique latine, en Asie]. En 1980, l’Assemblée des évêques de France leur a confié une triple mission :
1. Vivre une présence missionnaire auprès de ceux qui sont loin de l’Eglise et spécialement les plus démunis humainement. Il s’agit tout d’abord de prendre le temps et les moyens de rencontrer les hommes et les femmes d’aujourd’hui, là où ils vivent, là où ils cherchent un sens. Le monde du travail, malgré le développement du chômage, reste un lieu privilégié de cette rencontre, les membres de la MDF d’âge actif y sont donc insérés, à temps plein ou partiel, comme saisonnier de l’agriculture ou aide-soignant, marin navigant ou pompiste, technicien ou chercheur… D’autres dimensions s’ajoutent à celles du travail, celles du quartier, de la vie associative et syndicale, de la vie culturelle ou sportive, autant de vecteurs pour vivre cette présence missionnaire, y compris pendant la période de retraite professionnelle.
2. Contribuer à la recherche d’une expression de la foi pour aujourd’hui. Les chrétiens d’aujourd’hui, et spécialement les jeunes, le disent : on ne sort pas indemne de la confrontation quotidienne avec ceux qui ne partagent pas la foi chrétienne. En équipe ou par région, chacun est invité à confronter sa propre recherche à celle des autres, à la lumière de la Parole de Dieu. La diversité de ses implantations, en France et à l’étranger, les liens noués avec d’autres, croyants et incroyants, font de la MDF un laboratoire qui mène une recherche inductive au service de toute l’Eglise.
3. Promouvoir la communion ecclésiale. La MDF est foncièrement séculière, chacun de ses membres est partie prenante du diocèse où son équipe est envoyée. Un contrat, soumis à évaluation régulière, précise la mission confiée. Certaines équipes sont directement en charge d’une paroisse ou d’un secteur, toutes ont à veiller à ce que chacun contribue à la vie missionnaire de l’Eglise, au plan local, diocésain ou national. Jadis composées uniquement de prêtres, la majorité des équipes comprennent maintenant des laïcs qui partagent la même vocation missionnaire. Par ailleurs, la MDF s’est engagée, comme toute l’Eglise de France, dans le développement du diaconat permanent.
La MDF est une prélature territoriale placée sous la responsabilité d’un évêque-prélat. Celui-ci préside le comité épiscopal de la MDF, composé de cinq évêques de différentes régions apostoliques, et nomme un vicaire général et un conseil épiscopal, basés au Perreux (Val-de-Marne).
En vue de l’avenir, la MDF s’efforce de promouvoir la vocation missionnaire parmi les jeunes et la collaboration avec des partenaires :
Prélat de la Mission de France depuis 1996, Mgr Georges Gilson, archevêque de Sens-Auxerre, résume ainsi la vocation de la MDF :
« Jésus interrogeait ses disciples : »Au dire des hommes, qui est le fils de l’homme ?« Ils dirent : »Pour les uns, Jean le Baptiste ; pour d’autres, élie ; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un de ses prophètes.« Il leur dit : »Et vous, qui dites-vous que je suis ?« Prenant la parole, Simon-Pierre répondit : »Tu es le Christ, fils du Dieu vivant.« » Cette double interrogation de Jésus est à la source de la mission qu’il confie à ses disciples. La vocation de la MDF est de vivre à la charnière de ces deux questions : on ne peut répondre en vérité à la deuxième que si l’on a le courage d’accueillir humblement la première. Comme au temps des apôtres, tel est aujourd’hui le paradoxe de la mission : nous découvrons toujours plus le Christ quand nous entrons en dialogue avec ceux qui ne partogent pas notre foi. Nous sommes envoyés auprès de nos contemporains pour les rencontrer dans leurs découvertes de Dieu, pour les servir avec intelligence et les aimer avec passion. L’évangélisation n’est pas d’abord un programme ou un discours ; elle est présence, engagement, témoignage et ouverture au Christ de la réconciliation.
Le Père Jean Toussaint, vicaire général de la Mission de France, a partagé avec la revue Questions actuelles les réflexions suivantes sur l’engagement dans le monde de travail.
Fortement implantée dans le monde rural au départ, la MDF a rejoint ensuite les quartiers ouvriers et les chantiers. Mais le marché du travail n’est plus ce qu’il était ! L’emploi industriel s’est raréfié, il exige une qualification de plus en plus pointue. Les services se sont développés, particulièrement les « professions de l’homme », comme la santé. Le secteur associatif occupe une place grandissante, le temps partiel aussi. Et surtout, des millions d’hommes et de femmes, dont beaucoup de jeunes, sont au chômage !
Notre théologie du travail, élaborée dans un contexte de plein emploi, est ébranlée : quelle présence missionnaire vivre dans ce monde mouvant, marqué par la formidable évolution technique, mois aussi par l’inégalité et la précarité ? L’Eglise manque de ministres ordonnés, faut-il encore en envoyer dans le monde du travail ? C’est une question de foi en l’Esprit, d’attachement à l’Evangile, de signe à poser en lien avec tous ceux qui n’ont pas renoncé à faire du travail un lieu essentiel d’humanité : « Recevez l’évangile du Christ que vous avez la mission d’annoncer. Soyez attentif à croire à la Parole que vous lirez, à enseigner ce que vous avez cru, à vivre ce que vous avez enseigné » (Rituel de l’ordination).