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Mes démêlés avec l’Évangile
Ne jugez pas et vous ne serez pas jugé

Seigneur, ce matin je suis déprimée; mauvaise nuit, fatigues accumulées, météo maussade, petites douleurs physiques plus aiguës, contrariétés familiales... Ca entre en ligne de compte c’est sûr, mais le plus profond c’est un vrai dégoût de ma personne.

Figure-toi, Seigneur, que je viens réellement de me rendre compte que je pensais aux autres et pas à moi - ce qui en principe est louable - surtout quand dans tes évangiles on tombait sur un passage où tu dénonçais des façons de faire détestables... C’est un comble non ?

Alors que c’est à ce moment là, que j’aurais du ouvrir mes oreilles et voir où ça me chatouillait ou même me dérangeait. Mais non. Quand je lis : « Quand tu fais l’aumône, ne sonne pas de la trompette devant toi », je pense : Oh ça c’est Pierre tout craché. Je vois ma voisine habillée des pieds à la tête quand tu dis : « Il ne faut pas accumuler les trésors sur la terre où la rouille et les mites rongent », alors qu’elle passe son temps à me raconter les difficultés auxquelles elle se heurte quand la bourse est sur une mauvaise pente. Et même le passage sur la paille et la poutre me fait penser à Jacqueline, celle qui est dans mon équipe de prière et qui n’arrête pas de critiquer les uns et les autres.

Même ce passage là, me fait d’abord penser aux autres ! C’est désespérant, non ? Comme on a le regard aigu et perspicace quand il s’agit de nos proches que l’on juge, que l’on catalogue, que l’on critique alors qu’on les connaît forcément mal et qu’on est obligé de reconnaître que soi même on a du mal à se connaître. Ca devrait nous retenir non ?

La nature humaine est décidément décevante, encline au mal, aussi je broie du noir et j’aurais tendance ce matin à m’en délecter.

Mais enfin je le sais, Tu nous aimes quand même, tout tordus que nous sommes. Tu nous l’as dit et redit, et Tu l’as prouvé en donnant ta vie. Tu nous préférerais, droits c’est sûr. Nombreux sont les passages de ton évangile où des gens assis, courbés, perclus se redressent et marche à ta suite, d’un bon pied. « Prends ton grabat et marche. Marche et avance. » Prends ta misère si grande soit elle, ne t’installe pas dedans. Seulement nos pieds sont parfois lourds à remuer.

Seigneur, je me reconnais faible. « Aide-moi, au secours », comme a dit Pierre en s’enfonçant dans les eaux, alors qu’il avait commencé à marcher dessus.

Il suffit de crier vers Toi et Tu viens. Je l’ai expérimenté bien des fois. C’est vrai, Tu es venu appeler les pécheurs, et non les justes, as tu dit. Je me reconnais engluée par le péché. Dans le midi on dirait empégué. J’aime bien cette expression elle me paraît expressive parce que le péché est collant.

Alors reprenons courage ! Déprime, je te marche dessus ! Je ne crains rien. Tu es ma force, dit le psaume. J’aurais quand même envie de te dire comme un de tes amis : « Ne m’oublie pas Seigneur, sinon ce soir je n’aurai que des bêtises à te présenter. » Comme si Tu manquais de mémoire, alors que c’est moi qui en manque. Alors je te redis : « Seigneur, à l’aide. Viens à mon secours. Ainsi soit-il. Qu’il en soit ainsi ! »

 
 
 
Françoise REYNES
Laïque mariste
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