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Mes démêlés avec l’Évangile
Le fils prodigue

Il y a une histoire racontée par Jésus, que j’aime bien. Je crois d’ailleurs que tout le monde l’aime. C’est celle qu’on appelle la parabole du fils prodigue.

Vous savez, cette histoire où un père a deux fils, dont le plus jeune réclame sa part d’héritage. Entre parenthèses, côté famille nombreuse, Jésus ne fait pas fort. Mais passons. Donc, seulement deux fils, dont le cadet réclame sa part d’héritage, et le père s’exécute. J’aurais tendance à dire : le père bêtement s’exécute. Parce que ce qui devait arriver, arriva. Une fois nanti, il part et puis, follement, il va tout dépenser, se retrouver dans la misère et il pense, un peu tard peut-être, mais mieux vaut tard que jamais, dit-on, il pense qu’il aurait intérêt à retourner chez son père. Il n’agit pas par amour, par regret, « mon père doit se faire un brave mauvais sang », non il agit par intérêt, poussé par la faim. Chez son père là au moins, il ne mourrait pas de faim. Tous les ouvriers de la propriété sont nourris convenablement. Il lui suffira de demander une place d’employé.

Vous connaissez la suite : le père, fou de joie, qui le voit de loin, qui court vers lui, le console après l’aveu de sa faute, le ramène à la maison et organise un banquet mémorable pour fêter son retour.

Celui qui m’intéresse c’est le fils aîné qui ne décolère pas. Comment ? Il s’est appuyé tout le travail pendant que son gourgandin de frère faisait la noce. Lui, il s’est montré travailleur, consciencieux, économe, correct, discipliné, et le père fait la fête avec l’autre !

Il n’y a pas de justice. C’est inacceptable, inacceptable tout simplement. Depuis toujours, il a senti que le père avait une préférence pour le plus jeune. On lui a toujours tout passé à celui-là, sous prétexte qu’il était petit, qu’il était malade, qu’il était faible, que sais-je encore, mais là, ça dépasse les bornes. Il ne peut pas accepter cela. Je dirai même plus, comme les Dupont : Il ne le doit pas.

Pendant longtemps, j’ai pensé que ce fils aîné avait totalement raison. Je me reconnaissais assez en lui. Pour que l’ordre soit rétabli, il suffisait de donner à son frère une place d’employé. C’était tout ce qu’il demandait d’ailleurs. Pourquoi lui donner plus ? Sa part d’héritage avait été dilapidée par lui, pas question de refaire un partage avec le reste. C’était vraiment trop facile pour le cadet ! C’était même pas éducatif. Comment on lui apprendrait à vivre correctement, si on lui laissait tout faire, sans sanction quand il fait l’imbécile de plus en plus ?

Et puis, sans trop savoir comment, ou sans trop pouvoir dire comment, je me suis reconnue dans le fils prodigue, qui gaspille toutes les richesses dont il a été comblé, et la prodigalité, la folie du père, « son injustice » m’a paru naturellement avoir du bon puisque j’en bénéficiais. Et c’est le fils aîné qui m’a fait pitié. Il est ridicule le pauvre, ridicule avec sa prétention de juger Dieu avec sa petite justice humaine étriquée.

Mais pour qui il se prend ce grand couillon, comme on dit affectueusement dans le Midi !

 
 
 
Françoise REYNES
Laïque mariste
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