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Éléments de réflexion
Les assemblées dominicales de la Parole et l’Eucharistie

Rien, dans l’éducation religieuse que nous avons reçu, ne nous prédisposait à ce changement de perspective : pendant des siècles, en effet, on a parlé aux chrétiens de l’obligation de la messe du dimanche, et voilà que soudain on les invite à se rassembler pour autre chose que la messe ! Il y a de quoi être un peu désorientés et même avoir quelque peu mauvaise conscience.

A ce désarroi s’est ajouté, pour certains de ceux qui, en l’absence de prêtre, ont accepté de se contenter d’une A.D.P. (Assemblée Dominicale de la Parole), un étonnement. Non seulement ils n’ont pas eu la messe, mais en plus ils n’ont pas pu communier ! De la surprise donc, et peut-être aussi un sentiment de frustration ! Quelques précisions me semblent donc nécessaires...

L’Eucharistie construit l’Eglise

Dans la tradition de notre Eglise, la messe dominicale occupe une place trop centrale pour qu’on puisse envisager d’y substituer habituellement une autre forme de célébration. « Source et sommet de la vie chrétienne », l’Eucharistie construit l’Eglise. De ce point de vue, il est clair que la messe demeure le cadre privilégié dans lequel le Ressuscité rassemble ses disciples le dimanche, même si occasionnellement, par exemple en l’absence de prêtre, on propose une assemblée dominicale de la Parole.

Une recherche nécessaire

Il convient néanmoins que nous soyons réalistes : dans les années à venir, la diminution du nombre de prêtres rendra probablement impossible la confortable situation qui, en certains endroits, est la nôtre actuellement avec plusieurs messes par week-end. Et pourtant, compte tenu de la population grandissante de nos villes et de l’exiguïté de nos églises, nous aurons sans doute à maintenir plusieurs assemblées par week-end.

En remontant vers la source...

« Source et sommet » de la vie chrétienne, l’Eucharistie n’en est pas pour autant le tout. Il y a pour l’Eglise du Christ bien d’autres expressions liturgiques possibles que la messe. Sans doute nous faut-il faire preuve d’un peu d’imagination !

De la plaine au sommet, le chemin peut d’ailleurs faire peur... De la petite rivière qui coule chez nous à la source, la distance peut sembler grande... Autant dire que, pour beaucoup de ces « chrétiens du seuil » (catéchumènes, parents d’enfants du catéchisme, baptisés non catéchisés rencontrés à l’occasion d’un mariage, etc.), des étapes sont probablement nécessaires si l’on veut leur permettre de découvrir (ou redécouvrir) un jour l’Eucharistie comme source et sommet de la vie chrétienne.

En remontant ensemble vers la source, il est probable que nous redécouvrirons quelques points de vue trop négligés sur le dimanche chrétien, qui ne se réduit pas à sa dimension cultuelle... même si elle est essentielle ! C’est ainsi que le dimanche est aussi le jour de l’assemblée (chez nos frères orthodoxes et protestants, c’est celui du catéchisme avec l’Ecole du Dimanche), des retrouvailles fraternelles, du partage (c’est le sens de la quête) et du repos.
En aval de la communion eucharistique, la communion ecclésiale

Parce que la messe ne se réduit pas à la première, il nous faut sans doute mieux signifier la seconde. Il n’est pas évident du tout qu’il faille prendre pour modèles, dans nos célébrations dominicales non-eucharistiques, certaines « assemblées dominicales en l’absence de prêtre » (ou « en attente de prêtre ») trop calquées sur la messe. Nos « assemblées dominicales de la Parole » ne doivent pas ressembler à des « messes sans prêtre » ou « messes sans consécration » (mais avec communion !). Il en va en effet non seulement de l’efficacité de notre pastorale à l’égard des « chrétiens du seuil », mais encore de la vérité de l’eucharistie et indirectement du ministère presbytéral...

La messe ne se réduit pas à la communion eucharistique. Le terme ancien qui prévalait pour désigner l’ensemble du rite chrétien essentiel était d’ailleurs « la fraction du pain »... c’est-à-dire le geste du Christ refait par le ministre ordonné au coeur de la grande prière eucharistique, et non « la communion » qui en est la conclusion ! Le concile Vatican II a fortement insisté pour qu’on ne sépare pas la liturgie eucharistique de la liturgie de la Parole. De la même manière, notre évêque a sans doute raison de se montrer très circonspect à l’égard de la réception du pain consacré en dehors de la liturgie eucharistique qui forme un tout (sauf le cas des malades à qui, à l’issue de l’assemblée, on porte une parcelle du pain consacré). Sans la prière eucharistique prononcée par l’évêque ou le prêtre tenant la place même du Christ, la dimension de mémorial et de sacrifice de la communion tend à disparaître. Et s’il est distribué en l’absence de celui-là même qui tient sacramentellement la place du Christ face à son église, le corps eucharistique risque fort de ne plus apparaître comme le don suprême du Seigneur à son église, mais comme une simple réserve énergétique dans laquelle on va puiser !

Osons une autre affirmation : Le fait de ne pas communier tous les dimanches peut avoir quelques effets bénéfiques. Après des siècles d’assistance à la messe avec, pour la grande majorité du peuple chrétien, une seule communion annuelle à Pâques, une pratique inverse - et peut-être tout aussi excessive - semble prévaloir dans nos assemblées dominicales depuis quelques décennies. On communie désormais tous les dimanches sans l’ombre d’une hésitation, sans même envisager qu’une préparation, voire une réconciliation, puisse s’imposer. La privation ponctuelle de la communion peut donc fort opportunément raviver en nous le désir de l’Eucharistie, nous aider à en percevoir l’incroyable richesse, et à donner dans notre vie ecclésiale de secteur et de paroisse toute leur place à l’assemblée chrétienne, au dimanche, et à la Parole de Dieu.

Cela peut également aider nos communautés à mieux percevoir la signification du ministère presbytéral dont le rôle, dans la liturgie eucharistique, ne se réduit pas à consacrer des hosties. Il y a quelque-chose de malsain à n’envisager l’intervention du ministère ordonné que pour les paroles de la consécration (ou de l’absolution dans le cas des célébrations de la réconciliation). Cette conception résiduelle et quasi-magique du ministère presbytéral ne me semble ni très saine, ni très appelante pour les jeunes. Au titre de son ordination, le pasteur qui préside la communauté préside aussi à l’eucharistie, sacrement de l’unité par excellence.

Pour toutes ces raisons, il ne me semble pas souhaitable - au moins pour le moment et compte-tenu de la relative rareté des A.D.P. - d’intégrer le rite de la communion au cours de ces assemblées non eucharistiques. A vous la parole ! En livrant ces quelques réflexions, je n’entends pas clore un débat légitime autour de pratiques pastorales relativement nouvelles. N’hésitez donc pas à transmettre vos réactions, remarques, suggestions et interrogations. C’est ensemble en effet qu’il nous faut chercher l’expression liturgique que nous donnerons à nos prochaines Assemblées Dominicales de la Parole !

 
 
 
Philippe LOUVEAU
Equipe de PSN, curé des paroisses de Villejuif (France) et responsable du secteur pastoral
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