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L’art de célébrer
Le chant qui convient
Deuxième partie

Pour réaliser cette « connexion » entre la musique, le chant liturgique doit donc présenter des caractéristiques particulières et, notamment, allier au principe de plaisir le respect d’une fonction. Pour qu’il soit liturgique, il ne suffit pas qu’un chant plaise.

Chant ou chanson

Cette exigence d’ailleurs n’appartient pas qu’a la liturgie.

La pratique profane de la musique et du chant est remplie de situations semblables : des militaires ne défileront pas sur les Champs-Elysées, le 14 juillet, avec une musique de valse; une maman ne bercera pas son entant en lui chantant une marche...

C’est dire que, dans le domaine profane, il existe aussi des sortes de lois qui ne permettent pas de jouer ou de chanter n’importe quoi n’importe quand, et qui font distinguer chant et chanson.

Plus précisément, on ne dira pas de La Marseillaise qu’elle est une chanson, mais un chant et même un hymne. En revanche, La Mer de Charles Trénet fait bien aussi partie du genre musical qu’est le chant, mais dans la catégorie de la chanson.

Libre ou fonctionnel

Chant et chanson ont ceci de commun d’être des mélodies liées a un texte et produites par la voix. Mais, bien qu’il n’y ait pas de règle rigoureuse sur ce point, il semble que le terme de chant s’applique plus volontiers à une mélodie qui doit accompagner une activité ou accomplir une fonction. On a ainsi des chants patriotiques (Un régiment de Sambre et Meuse), des chants de métiers (Les Bateliers de la Volga ou File la laine), des berceuses (Dodo, l’enfant do), des chants de résistance (Le Chant des partisans), etc.

Le terme de chanson apparaît, au contraire, lorsqu’il n’y a pas de lien à une fonction, pas de rapport direct à une activité précise, pas de contrainte, bien que l’on puisse « siffler en travaillant » ! On peut chanter une chanson quand on veut, où l’on veut, comme on veut et, en plus, on peut choisir celle que l’on veut. La chanson est libre.

Il faut reconnaître que les frontières entre chant et chanson sont parfois bien floues (par exemple : Auprès de ma blonde est une chanson qui peut devenir un chant de marche), mais une tendance à la différenciation existe bel et bien, comme le montrent les cas cités plus haut.

Le chant liturgique

Il n’échappe à personne que le chant liturgique rentre dans la catégorie du chant plutôt que dans celle de la chanson, pour la bonne raison qu’il a toujours une fonction : c’est un chant communautaire.

Le chant liturgique n’a pas seulement à exprimer des sentiments religieux. Si légitimes et chaleureux soient-ils. Il a pour fonction de permettre à l’assemblée d’entrer en célébration, de supplier Dieu, de l’acclamer, ou de lui rendre grâce.

Le chant liturgique n’a pas à susciter des états d’âme. Si beaux soient-ils. Il dit quelque chose du mystère en train de s’accomplir dans l’assemblée qui devient supplication par le Kyrie, louange par le Gloria, action de grâce par la prière eucharistique, etc.

On peut donc affirmer que n’importe quelle musique et n’importe quel texte ne permettront pas d’atteindre cette fin, si jolis et expressifs soient-ils.

Il faut ajouter qu’en liturgie, les actes de chant sont très différencies.

  • A l’ouverture et à la communion (ou après), on aura un chant en bonne et due forme où la mélodie et le texte ont une égide importance.
  • Pour le chant du psaume, la musique s’efface derrière le texte.
  • Pour le chant du Seigneur, prends pitié ou de l’Alléluia, le texte donne bien lieu à une musicalisation, mais avec une brièveté qui en limite le déploiement.
  • Sont aussi d’un genre différent, les récitatifs (le Notre Père, les paroles chantées par le prêtre...), les litanies (Kyrie, Agnus...) et les cantillations (psaumes, lectures chantées...).

Le bon choix

Le bon choix sera toujours sous la responsabilité des programmateurs. On devra :

  • ne pas se contenter d’impressions (ça me plaît, c’est vivant, ça marche...), mais confronter tel chant précis à ce que la liturgie de l’Eglise dit, dans la PGMR, de l’acte de chanter à tel moment de la célébration.
  • regarder le texte de près : se contente-t-il d’exprimer des sentiments religieux ou imprime-t-il dans le coeur des fidèles une attitude qui construit et nourrit l’assemblée célébrante ?
  • analyser la mélodie en écoutant l’enregistrement ou, mieux, en la chantant : ressemble-t-elle a une agréable chanson passagère (voire a une chansonnette) ou bien a-t-elle assez de corps et de tenue pour réunir les fidèles en une seule assemblée qui est le Corps chantant du Christ ?
 
 
 
Centre National de Pastorale Liturgique
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