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Les temps liturgiques
Introduction aux dimanches ordinaires

Un grand ordinaire

Entre les deux temps forts de l’année liturgique, le Temps de Noël et le Temps de Pâques avec leur préparation respective, l’Avent et le Carême, s’insère le Temps Ordinaire.

On l’appelle ordinaire non dans un sens péjoratif comme s’il était insignifiant, mais parce qu’on ne peut pas vivre toute l’année dans l’extraordinaire, les sentiments élevés, les repentirs accablés et les enthousiasmes débordants. Il faut, après des repas copieux, une nourriture substantielle, « ordinaire »; non plus les vins capiteux, mais un ordinaire, un grand ordinaire.

Nous allons donc prendre les routes et les chemins qui partent des bords du Jourdain, traversent les villages de Galilée, puis montent péniblement vers Jérusalem. Trois années de la vie du Christ, intenses et décisives, les années dites de sa vie publique, faites de sermons et de miracles (il parcourait les villages prêchant et guérissant, Mt 9,35), levant peu à peu le voile sur son identité, ce qui le conduira à la croix.

Trois années où chacun des trois évangélistes synoptiques méditera les faits selon son angle de prise de vue, selon sa spiritualité propre.
Trois années qui me mèneront plus près du Christ, pour mieux connaître sa personne, son message, son intention profonde. J’entendrai Jésus me dire à moi, le paralysé : prends ton grabat et marche; à moi, le désemparé : ne crains pas, crois seulement; à moi qui trébuche et qui tombe : va, tes péchés te sont pardonnés; à moi aux velléités généreuses : viens, suis-moi.
Selon que, dimanche par dimanche, je répondrai à ces appels ou ferai semblant de ne pas les entendre, les liturgies seront des événements ou... des cérémonies.

Ordonnance des lectures

Les cycles de Pâques et de Noël ont chacun un contenu et un style bien caractérisés. Les lectures entre elles ainsi que les oraisons et les chants qui les encadrent font un tout cohérent.

Les trente-trois dimanches du temps ordinaire qui se glissent entre ces deux cycles (entre l’Epiphanie et le Carême, puis après la Pentecôte) n’ont pas cette couleur particulière, bien qu’ils aient une structure certaine. On pourrait parler de célébrations à lecture cursive, par opposition aux cycles de Pâques et de Noël qui ont des lectures sélectives : alors que ceux-ci choisissent les lectures en fonction de leur mystère, de leur fête, les dimanches du Temps ordinaire lisent, pendant les trois années du cycle, un des trois évangiles synoptiques, chapitre par chapitre, « à la file ». La deuxième lecture prend, de même, des lettres d’apôtres dans leurs pages essentielles, d’où encore l’expression : lecture semi-continue.

Vu l’abondance de l’Ancien Testament, il était impossible d’en faire une lecture cursive. Aussi en lit-on des extraits choisis en fonction de l’évangile du dimanche. Est ainsi mise en valeur la correspondance entre les deux Testaments.

Et l’évangile de Jean, dira-t-on ? La tradition fait lire cet évangile durant le Carême et le Temps pascal, et cela chaque année.

Le voeu de Vatican II de remplacer les anciens textes, toujours les mêmes et, de surcroît, peu représentatifs, par une proclamation plus abondante de l’Ecriture est donc abondamment réalisé. De 68 textes on passe, rien que pour les dimanches du temps ordinaire, à 297 !

C’est beaucoup, et cela crée quelques problèmes.

La surabondance des textes ne facilite pas leur digestion. A quoi l’on peut répondre que ces textes sont faits pour être écoutés une vie entière. Peu à peu, telle une pluie lente et fine, ils pénétreront le coeur. Au bout de quelques années, on en reconnaîtra au passage, surtout si une initiation biblique au catéchisme ou dans des groupes d’adultes prépare et accompagne la liturgie du dimanche.

Une autre difficulté vient de ce que chaque dimanche a deux centres d’intérêt. En effet, la deuxième lecture court sur son propre rail sans se soucier de l’évangile et de la première lecture qui font un tout. Sans doute peut-on supprimer la difficulté en supprimant cette deuxième lecture. Mais alors on se prive de la moitié du Nouveau Testament. Quel appauvrissement ! Les deux centres d’intérêt ne sont pas un malheur. Ils évitent les « messes à thème » dont on se fatigue vite, ils permettent une diversification d’écoute. Tout le monde n’est pas sur la même longueur d’onde, et l’un sera sensibilisé par telle lecture qui ne dira rien à l’autre. D’où cette « alternative dans le menu ». De plus, cette façon de faire repose sur une fort antique tradition où l’on écoutait, dans l’ordre, le Prophète (l’Ancien Testament), l’Apôtre (les épîtres), le Seigneur (l’évangile).

Voilà donc une nourriture riche, substantielle, UN GRAND ORDINAIRE. La Parole nourrissante qu’il nous faut. La Parole même de Dieu. Il ne suffit pas de l’écouter, fût-ce suspendu aux lèvres du Christ (Lc 19,48) comme le peuple qui, peu de jours après, le laissa tomber. Il nous faudra, ayant écouté cette Parole, la mettre en pratique (Lc 8,21).

Une dernière difficulté vient du fait que les antiennes (chants d’entrée, d’offertoire, de communion) ainsi que les oraisons sont (dans l’ordonnance officielle) toujours les mêmes pour les trois années du cycle, alors que les lectures, elles, varient. Il nous faut renoncer à les harmoniser, d’autant plus que la liturgie permet de choisir d’autres chants adéquats.

Textes non bibliques pendant la messe

Il n’est pas rare que des groupes utilisent d’autres textes pendant la messe : chansons, poèmes, coupures de journaux, textes hindous...

L’Ecriture a toujours besoin d’être actualisée, traduite. On peut donc préparer, prolonger les lectures, les prières officielles par des apports extérieurs. Cela a toujours été fait, ne fut-ce que par les prédicateurs qui aimaient émailler leurs sermons de citations d’auteurs.

Le tout est de savoir si ces apports actualisent l’Ecriture ou s’y substituent. Dans ce dernier cas, c’est une fausse piste. Car la Parole, de Dieu, le récit des interventions de Dieu dans notre histoire, est le centre de notre méditation chrétienne, et ne saurait être remplacée par aucune parole humaine. L’Ecriture, dans ce cas elle seule, est normative.
Ce besoin d’autre chose doit être décrypté : Est-ce simple désir de changement ? Allergie à la Bible que l’on connaît mal ? Ou volonté de l’actualiser ?

 
 
 
René LUDMANN, cssr
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