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Les temps liturgiques
Introduction au Carême

Petite histoire du cycle pascal et du Carême en particulier

Les chrétiens des premières générations restaient tellement fascinés par « l’événement », la mort et la résurrection de Jésus, qu’ils se réunissaient le jour de cette résurrection, le lendemain du sabbat juif, jour qui vint à s’appeler « dies domini » (dimanche jour du Seigneur ressuscité).

Dès le deuxième siècle on sélectionna le dimanche après la première pleine lune de printemps (où se fêtait la pâque juive), pour célébrer, dans le jeûne festif et une prière joyeuse, le jour anniversaire de la mort et de la résurrection du Christ. Ainsi, dans la suite des dimanches, se cristallisait un noyau.

Mais un jour pour fêter l’événement ne suffisait pas, et le noyau lui-même bourgeonna en triduum pascal où l’on commémorait la sainte mort de Jésus, sa descente aux enfers, sa glorieuse résurrection. Puis on prolongea la fête pendant cinquante jours pour la conclure par la célébration de la Pentecôte.

A l’autre bout, la préparation s’étoffait à son tour, comme par souci d’équilibre. Le jeûne pascal mordit sur toute la Semaine sainte, puis (dès le 3e siècle), l’intensive instruction des catéchumènes aidant, la préparation pascale prit quarante jours (notre Carême actuel), coutume déjà généralisée à l’époque du concile de Nicée (325).

Puisque le baptême est une mort-résurrection (Rm 6), il était indiqué de le conférer à Pâques. De la sorte, les semaines avant Pâques devenaient un temps de préparation intensive au sacrement.

On épargne aux lecteurs les développements ultérieurs du Carême qui le firent commencer le mercredi des Cendres, puis déborder encore en quinquagésime (cinquante jours) et jusqu’à septuagésime (soixante-dix jours avant Pâques).

Avec la disparition des baptêmes d’adultes, le caractère baptismal du Carême devint moins intelligible. Le Carême fut alors remanié dans le sens pénitentiel. On aurait tort, cependant, de considérer le côté pénitence comme un simple avatar. En fait, il précéda même l’aspect préparation baptismale, le jeûne et la prière ayant toujours été les moyens privilégiés pour préparer les coeurs à célébrer la mort et la résurrection du Seigneur. Mieux la célébration la plus ancienne de la Pâque elle-même se faisait dans un jeûne festif !

Vatican II a rééquilibré le Carême en lui redonnant son caractère pascal (mort et résurrection) ainsi que son orientation baptismale, sans pour autant négliger l’aspect pénitentiel. Nous tenons là les trois fils qui font le tissu, la structure même du Carême tantôt ils sont étroitement unis, comme, au premier dimanche, dans l’évangile de la tentation, où la rude lutte (l’aspect pénitentiel) débouche dans la victoire (pascale), dessinant ainsi la double démarche du baptême (je renonce -je crois) tantôt, surtout les trois derniers dimanches, ils divergent chacun dans une des années du cycle triennal, le caractère baptismal dominant dans l’année A, l’aspect mort-résurrection en B, la pénitence-conversion en C. Mais distinguer n’est pas séparer, ce serait déchirer le tissu de cet extraordinaire temps liturgique et de sa profonde spiritualité.

Spiritualité du Carême - Spiritualité tout court

Oui nous tenons ici la profonde spiritualité du Carême. Du Carême seulement ? De toute notre vie ! Il n’y a pas à vrai dire, d’autre spiritualité. Le Carême n’est que le temps fort de ce qu’il nous faut vivre toute l’année, toute notre existence.

Il dessine, avec plus de force, les trois dimensions de notre roi, ses trois mouvements essentiels :

  1. Jésus est passé de la mort à la résurrection, il a réalisé un passage, une pâque (mot qui veut précisément dire : passage).
  2. Le baptême a réalisé en nous cette pâque du Christ, il nous a fait passer d’une vie hors-Dieu à une vie avec lui.
  3. Mais ce qui a été fait dans le sacrement doit être réalisé dans notre vie : il nous faut sans cesse « passer » de l’éloignement de Dieu vers un retour à lui, d’une vie de lâcheté à une vie de ferveur, de l’égoïsme à l’amour, du « pour soi » au « pour les autres », - jusqu’à ce que la mort nous fasse définitivement passer de ce monde au Père (Jn 13,1).

Spiritualité rude, mais exaltante. Le passage ne se fait pas sans arrachements, sans « mortification », sans mort à nous-mêmes. Mais nous le faisons, les yeux déjà illuminés par le but exaltant : la réussite profonde de notre vie, notre épanouissement final en Christ.

Entrons donc en Carême. Ce Carême, cru austère et triste (c’est bien ainsi que la plupart des chrétiens le ressentent encore), le voilà inondé de lumière. Comme la montée du Christ vers Jérusalem, vers sa souffrance, connut l’étape réconfortante du Thabor, ainsi notre effort quadragésimal est-il déjà irradié de joie pascale. Comme la montée vers la croix fut, pour le Christ, le chemin vers sa gloire, le Carême et le Vendredi saint de notre vie s’épanouiront dans la résurrection finale.

De spiritualité vraie il n’y en a pas d’autre.

 
 
 
René LUDMANN, cssr
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