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Controverse
En voyant les drames à la télé, comment croire encore à la bonté de Dieu ?
Jn 9,1-3 Lc 13,4 1 Co 1,22-23 Mc 15,34 Sg 1,13 Lc 10,29-37 Ap 21,1-4 1 Co 15,19.54-57

« Je suis très choqué par tous les drames qui nous sont signalés chaque jour à la télévision. Notre curé nous a dit un jour : ’C’est l’homme qui est responsable. Dieu l’a créé libre !’ Cette réponse n’est, à l’évidence, pas satisfaisante. L’action de l’homme n’est pas toujours en cause. Ce n’est pas lui qui contrôle les ouragans, les tremblements de terre, les éruptions volcaniques, dont les conséquences sont souvent catastrophiques... En voyant ces images, comment croire encore à la bonté de Dieu ? »

Pour n’être pas nouvelle, l’objection que vous formulez n’en est pas moins d’une cruelle actualité après le raz-de-marée qui vient de dévaster l’Asie du Sud. On a beau se dire que la nature, même déchaînée, ne parvient pas à être aussi meurtrière que savent l’être les hommes quand ils le décident (cf. les millions de morts pour chacun des génocides qui se sont succédés depuis celui de la Shoah), il reste que plus de 250.000 morts pour ce seul séisme, c’est abominable et qu’ici, vous avez raison, la liberté des hommes est difficile à incriminer...

Il n’est pas étonnant que les réponses reçues jusqu’à présent à votre question ne vous aient jamais pleinement satisfait, car même celle suggérée par Jésus, face à la souffrance d’un mendiant aveugle ou à la mort accidentelle de dix-huit personnes tuées par la chute d’une tour, a laissé ses disciples sur leur faim (Jn 9/1-3 et Lc 13/4) !
Sur ce point, la mienne ne vous satisfera donc probablement pas plus que les précédentes.

Toutes les souffrances que vous citez et celles encore à venir nous renvoient, nous chrétiens, au scandale par excellence qu’est celui de la croix de Jésus. On ne trouvera jamais, en effet, victime plus innocente ni logique plus déconcertante (cf. 1 Co 1/22-23).
Or ce scandale reste sans réponse intellectuellement recevable, y compris pour Jésus lui-même, qui récuse la réponse traditionnelle du catéchisme de l’époque visant à faire du malheur la sanction d’un péché et qui, sur la croix, demande encore à Dieu son Père le pourquoi de sa propre souffrance : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mc 15/34).

Cette impossibilité de trouver une explication rationnelle à la souffrance de l’innocent montre bien le côté irrationnel du mal que Jésus est venu, non pas expliquer, mais combattre.
Face à celui qui crie sa souffrance et sa révolte, ne cherchons donc pas à répondre à la place de Dieu. Ce serait donner à penser que Dieu a quelque chose à voir avec ce malheur extrême, Lui dont la Bible nous dit qu’« il n’a pas fait la mort et ne se réjouit pas de la perte des vivants » (Sg 1/13).

Mieux qu’une réponse théorique, la croix de Jésus se dresse devant nous comme un appel et une promesse.
Un appel à, aujourd’hui, suivre Jésus dans son combat contre le mal sous toutes ses formes, à nous faire le prochain de tout homme dans l’épreuve en imitant le Samaritain de la parabole (Lc 10/29-37).
Une promesse aussi, car, nous disent les Ecritures, depuis le matin de Pâques, le péché et la mort sont comme en sursis (Ap 21/1-4). Cela vaut la peine de mener ce combat contre tout ce qui fait souffrir l’homme. Dieu, en effet, n’a pas dit son dernier mot ! (1 Co 15/19,54-57).

 
 
 
André KERYGME
Curé de Port St Nicolas
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