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Les goélands
Église, je te bénis et je souffre

Je te bénis de porter en ton sein une Mère Teresa, un abbé Pierre et tant d’autres, inconnus, qui sont nés de toi et qui portent au plus haut l’héroïsme chrétien.
Je souffre de te voir bénir et décorer dernièrement un Pinochet aux mains pleines de sang, et d’apprendre que les évêques argentins se taisaient alors qu’ils savaient que les militaires larguaient vivants, dans la mer, des milliers de prisonniers politiques.
Je te bénis d’avoir osé donner le premier coup de pioche dans le Mur de Berlin, en dénonçant, contre vents et marées, un régime qui se disait démocratique et populaire et qui n’était devenu qu’un monstre froid et démoniaque.
Je souffre de te voir magnifier la femme en lui donnant si peu de place, alors qu’elle attend depuis 2000 ans d’être l’égale de l’homme en ton sein.
Je te bénis de défendre l’enfant dans le ventre de toutes les mères.
Je souffre d’entendre ta voix ressasser ton obsession contre les contraceptifs qui, souvent moindre mal, peuvent sauver tant de couples qui te tournent le dos devant l’intolérance des seuls hommes d’Église qui légifèrent les couples.
Je te bénis pour tes multiples visages qui offrent à la terre entière le message lumineux de l’Évangile.
Je souffre avec la terre entière du génocide rwandais, horreur sans nom. Je me suis seulement mis à genoux pour demander pardon. Et je me suis interrogé sur le vernis évangélique dont nous pouvons, parfois, recouvrir nos communautés chrétiennes.
Je te bénis pour les dizaines de milliers de contemplatifs qui chantent l’Amour de Dieu, dans l’incompréhensible solitude de tous les couvents de la terre.
Je souffre de te voir faire succéder à Helder Camara cet autre prophète immense, un evêque conservateur, qui pille et brise l’espoir formidable donné aux plus petits.
Je te bénis de défendre partout les minorités écrasées et piétinées.
Je souffre de te savoir plus préoccupée du célibat des prêtres que de l’Eucharistie, ce trésor inégalable, consacré par les mains de plus en plus vacillantes des seuls célibataires.
Je te bénis de maintenir la beauté du célibat, une de tes lumières éblouissantes, ce don total qui est grâce et disponibilité absolue. En souhaitant te voir ouvrir la porte du sacerdoce au militant chrétien marié qui pourrait faire descendre Dieu dans les multiples paroisses désertées. Tu semblés tellement oublier que saint Pierre était marié !
Je souffre de te sentir, Église, si molle et si timide face à l’argent dont tu dénonces si peu la nocivité et la gangrène qui atteint tous et toutes, alors que tu t’étales toujours longuement sur la sexualité dont tu parles bellement mais que tes représentants ne pratiquent pas.
Je te bénis de dénoncer un monde sans repères, amoureux de la seule matière, passionné de paraître et d’avoir, en lui disant inlassablement que, seul, l’être compte et que Dieu Amour est le Tout de tout.
Je souffre de voir un Jean XXIII pas encore appelé sur les autels, alors qu’à toute vitesse un Balaguer, evêque de l’Opus Dei, est déjà béatifié.
Je te bénis, Église, d’avoir enfin osé dire : « La Mafia c’est la mort », après des siècles de compromission avec l’argent sale et puant qui te liait et te faisait taire.
Je souffre de ta langue de bois qui détonne tant, après le « N’ayez pas peur » tonitruant d’un Jean-Paul II, juste assis sur le trône de Pierre.
Je te bénis d’avoir proclamé ton « culte de l’homme » et d’avoir vu Jean-Paul II assis, non sur un trône, mais au milieu de tous les représentants de toutes les religions du monde.

Je t’aime, Église, Sans toi, que serais-je ?
Sans ton appel fort, impérieux, j’aurais manqué ce qui fait, depuis trente ans, l’enchantement de ma vie. Jamais je ne te remercierai assez de ce que tu as fait en m’appelant à la plus haute mission qui soit sur terre : donner Dieu au coeur d’un des terrains les plus difficiles qui soient : la jeunesse meurtrie au-delà de l’imaginable.

Merci
Pour ta tendresse toujours présente dans mes peurs et mes déchirements d’apôtre exposé.
Pour sentir ta présence priante au coeur de mes nuits, dans les endroits les plus sordides.
Pour ton regard si aimant pour ma tâche si complexe.
Tu m’as fait souffrir souvent. Mais ton mystère d’amour a réchauffé tellement plus mes doutes et mes blessures !
Oui, je t’aime, toi, Église, mon deuxième amour !

 
 
 
Guy GILBERT
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