En célébrant le 50e anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme du 10 décembre 1948, les chrétiens réunis dans l’ACAT, le CCFD, la CIMADE, Pax Christi, La Fédération Internationale de l’ACAT,
avec le parrainage de nombreuses personnalités parmi lesquelles Mme Geneviève ANTHONIOZ de GAULLE, Mohammed ARKOUN, Mgr Louis-Marie BILLE, Olivier CLEMENT, Mgr DE SOUZA (Bénin), Jean DELUMEAU, Fédérico MAYOR (UNESCO), Marek HALTER, Stéphane HESSEL, Mgr JEREMIE, Jean-Paul KAUFFMANN, Adolfo PEREZ ESQUIVEL (Prix Nobel de la Paix), Mgr Desmond TUTU…,
ne commémorent pas un événement passé.
Nous voulons, avec tous, chrétiens ou non chrétiens, célébrer le courage. Nous célébrons le courage d’hier qui permettait aux hommes et aux femmes de 1948 cet extraordinaire « acte de foi en la dignité et la valeur de la personne humaine » alors que les ruines des villes se répandaient sur toute l’Europe, que les charniers étaient découverts, que les camps de concentration faisaient honte à l’humanité toute entière… Nous célébrons le courage qui, il y a 50 ans, a fait se lever des hommes et des femmes, au coeur de la nuit, pour dire la dignité de la personne humaine.
Nous célébrons le courage d’aujourd’hui à l’aube de l’an 2000.
La dynamique des droits humains n’est pas un cortège de malheurs, de violences, ou d’atteintes à la dignité de la personne humaine. Les droits humains sont des réactions contre ces violences.
Oui, l’espérance est possible parce que des hommes, des femmes, se lèvent, relèvent leurs frères, dénoncent l’inacceptable, construisent des sociétés plus justes, s’attaquent aux mécanismes institutionnels, cause des injustices.
Nous célébrons le courage de millions d’hommes et de femmes anonymes à travers le monde qui sont de petits porteurs de gouttes d’eau. Gouttes d’eau qui permettent à des victimes de ne pas mourir de soif ou de désespérance. Gouttes d’eau qui permettent d’ouvrir une faille de clarté dans la nuit de certaines sociétés.
Nous chrétiens, nous nous engageons à ce que nos assemblées ne soient plus des assemblées de pleureurs se contentant de se réunir autour des morts du monde entier. Que nos assemblées célèbrent le courage, l’imagination, l’espérance.
Nous savons qu’il est beaucoup plus risqué de célébrer l’espérance que de commémorer les morts !
Les chrétiens se rassemblent aujourd’hui, près d’un mois avant la célébration officielle du 50e anniversaire de la Déclaration Universelle, non pour se distinguer, mais pour dire clairement leur engagement et pour annoncer la Parole d’Amour et d’espoir de Dieu qui vivifie toutes les entreprises humaines. Nous n’avons pas l’intention de nous enfermer dans quelque chapelle que ce soit.
Nous chrétiens réunis, nous prenons le risque de la solidarité avec ceux et celles qui appellent au secours.
Nous prenons le risque de la solidarité avec ceux et celles qui se lèvent pour construire un peu de justice.
Chrétiens réunis, nous affirmons que pour nos communautés chrétiennes les droits de l’homme ne sont pas facultatifs.
Ils sont partie intégrante de l’annonce de la Bonne Nouvelle de Dieu.
L’engagement pour les droits de l’homme n’est pas une activité parmi d’autres. Il est la poursuite de l’incarnation de l’Amour de Dieu en chacun et en chacune, à la fois victime, et capable de solidarité.
Un nouveau souffle ? Serions-nous essoufflés ? Nos communautés chrétiennes manqueraient-elles de souffle ? Sans oublier les fautes et les omissions du passé, nous savons que par l’Evangile nos communautés peuvent vivre d’un souffle toujours nouveau. Elles peuvent transmettre ce souffle toujours renouvelé.
Oui, nous prenons le risque de nous exposer au souffle toujours nouveau des témoins et de leur courage. Le courage est contagieux si nous savons le contempler.
Oui, nous prenons le risque du nouveau souffle qui dessinera des horizons nouveaux dans notre quotidien souvent gris. Tellement complexe que nous le pensons sans avenir.
Oui, nous prenons le risque de nous mettre à l’écoute de ceux et celles qui appellent au secours, comme ce fut le cas il y a près de 2.000 ans sur la route qui mène de Jérusalem à Jéricho.
Parce que la Déclaration Universelle de 1948 est un cri stupéfiant que l’humanité a jeté en découvrant le drame de la Shoah, nous pensons que ce cri est encore aujourd’hui souffle de vie.
Nous croyons que l’espérance n’est pas un trésor que nous avons à amasser et à garder précieusement. Tel le feu qui se consume, l’espérance est un immense brasier qui existe au fond du coeur de chacun de nous, de chacune de nous. L’espérance est une petite flamme qui, comme une modeste bougie, est
capable d’éclairer les visages réunis autour d’une table pour partager la joie ou la peine. L’espérance n’est pas un acquis. Elle n’est pas doctrine. Elle n’est pas observation de rites.
L’espérance se vit.
L’espérance se nourrit des gestes petits ou grands que nous pouvons poser aujourd’hui au quotidien.
C’est pourquoi, j’appelle chacun de nous à s’engager, avec tous, chrétiens ou non chrétiens, aux côtés de tous, au profit de tous,
A trouver chaque jour le geste banal ou plus extraordinaire qui témoignera de la dignité de la personne humaine. Quand les relations de voisinage sont dures. Quand nous ne savons pour quel clan voter. Quand nous cherchons des pistes d’éducation. Quand nous tentons de mieux comprendre la Parole de Dieu. Quand nous prenons nos décisions personnelles.
Que le rappel de la dignité de la personne humaine guide nos choix, chaque jour. Il nous faut nous y engager.
J’appelle chacune de nos communautés chrétiennes à faire de la formation aux droits de l’homme un impératif dans tout cycle de formation.
J’appelle nos communautés chrétiennes à nourrir la recherche humaine sur la dignité de la personne des trésors de la Parole de Dieu. Sans accaparer, sans récupérer, sans monopoliser, mais avec force, sachons vivifier cette quête de l’homme sur lui-même, des paroles, des gestes d’amour, que Dieu lui prodigue chaque jour, chaque minute.
J’appelle chaque communauté chrétienne à lutter contre toute oeuvre de mort. J’appelle tout spécialement l’Eglise catholique romaine à dire définitivement que la peine de mort ne peut pas, à l’aube de l’an 2000, constituer un moyen de protection sociale et ce pour quelque motif que ce soit. J’appelle nos communautés à défendre la vie à toutes ses étapes, à orienter les découvertes scientifiques vers la grandeur de la personne humaine et non vers son asservissement à des besoins mercantiles ou à des désirs de toute puissance.
J’appelle nos responsables politiques à faire des droits de l’homme non un gadget permettant d’occuper la une des médias, non une béquille humanitaire lorsqu’ils n’ont pas le courage des décisions politiques qui interviendront pour mettre fin à des guerres, des famines, des oeuvres discriminatoires. J’appelle les hommes politiques à dire et à redire qu’au coeur de leurs responsabilités ils savent faire toute sa place à l’éthique de la dignité humaine.
J’appelle chacune et chacun de nous, chacune de nos Eglises, chacune de nos communautés humaines, à se poser la question : quelle place prenons-nous dans l’immense alliance universelle qui se crée aujourd’hui au service de la personne humaine. Cette alliance existe. Elle sauve des vies. Elle redonne espoir à des peuples. Elle justifie la lutte pour la survie sur toute la planète. Quelle place prenons-nous ? Sommes-nous spectateurs laissant défiler les héros ? Que chaque groupe, que chacun de nous, s’interroge et que dès demain il prenne sa place, grande ou petite, dans cette immense alliance, signe d’espérance pour l’humanité.
Parce que nous savons que l’espérance est aujourd’hui vécue à travers le courage, l’imagination, l’acte de foi, nous saurons trouver à notre tour les moyens d’être bâtisseurs d’espérance.