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L’art de célébrer
Dans le temps

Le temps est avec l’espace l’une des dimensions de l’univers. Nous existons dans l’espace et dans le temps, c’est une évidence. Le temps avance inexorablement et personne n’en est le maître. Mais, le temps se gère !

Gérer le temps liturgique

Tout va si vite aujourd’hui qu’on n’a plus le temps de rien, ou, qu’il faut, au contraire, grâce au T.G.V., ou au « Concorde », gagner du temps sur le temps. Or, face à cet engrenage, les fêtes et les célébrations, aussi bien profanes que chrétiennes, demeurent, coûte que coûte, des moments où l’on prend son temps, où l’on traîne, où l’on flâne...

Ainsi, la célébration chrétienne sera plus nourrissante si elle sait prendre son temps, sans lenteur ni prolongement, mais en soignant les enchaînements, en mesurant le débit de la diction et en respectant les instants de silence.

Gérer le temps liturgique, c’est se rendre maître, non du temps, mais du déroulement dans le temps des différentes actions qui composent la célébration.

Soigner les enchaînements

La messe est faite de deux grandes parties (liturgie de la Parole, liturgie eucharistique) introduites et conclues (rite d’ouverture et rite de conclusion). Cette structure réclame comme une sorte de pause lorsqu’on passe d’un élément à un autre.

Avant même les rites d’ouverture, il faut soigner la transition de la rue à l’église, de la prière privée à la prière commune. C’est alors que se met en place tout ce qui permettra ensuite à la liturgie de se dérouler correctement : non seulement l’habitation des lieux, le chant, les personnes dans leurs diverses fonctions, mais aussi (surtout !) un esprit, une attitude, un rythme de célébration. Pour ce faire, le chant d’ouverture possédera une sorte de solidité musicale; le président et ceux qui l’accompagnent feront une procession d’entrée, salueront l’autel et gagneront leur place avec calme. Un détail significatif : lorsque le prêtre qui préside est arrivé à son siège, commencera-t-il le signe de croix dès la dernière note du chant d’ouverture, ou bien, laissera-t-il deux ou trois secondes de silence pour permettre à tous, et à lui en premier, de se recueillir et de se mettre en présence de Dieu ? En revanche, il n’aurait aucune raison de retarder la prière pour le pardon à la suite des invocations pénitentielles.

Rien de particulier n’est prévu quant au passage des rites d’ouverture à la liturgie de la Parole. On peut cependant aérer cet enchaînement par un instant d’orgue. Mais surtout, on laissera aux fidèles le temps de s’asseoir et au lecteur, de se déplacer sans précipitation. On peut aussi prévoir une brève introduction aux lectures.

La préparation de l’autel (apport du corporal, du purificatoire, du Missel) et la procession des dons apportés par des fidèles (comme le recommande la Présentation générale du Missel romain, no. 49) contribuent beaucoup au passage harmonieux de la liturgie de la Parole à la liturgie eucharistique.

Un court laps de temps est nécessaire entre l’Amen de la Prière eucharistique et l’invitatoire du Notre Père. C’est à ce moment-là que le prêtre peut appeler à l’autel ceux qui vont l’aider à donner la communion et ceux qui vont communier sous les deux espèces (lecteurs, animateur de chants...) si toute l’assemblée ne le fait pas.

N’oublions pas, d’autre part, combien la musique et les chants jouent un rôle important dans le rythme d’une célébration. Ce point sera traité plus tard.

Le débit

Celui qui lit dans le lectionnaire, ou le prêtre qui dit les oraisons et la Prière eucharistique a une vue globale des phrases et les comprend plus vite que l’auditeur. L’auditeur doit attendre la fin des phrases; il a besoin qu’on les lui lise lentement et avec des pauses. Il ne suffit pas que les sons soient entendus par l’oreille pour qu’il y ait compréhension du sens. Il faut du temps pour que la prière « prenne ». Il faut du temps pour que la lecture parle. Un tel débit, un tel étalement dans le temps ne sont pas naturels, mais ils s’apprennent par exercices et répétition préalable. Lire est un service, pas une formalité.

Le silence

Ce sont les instants de silence qui permettent à la célébration de respirer et à l’assemblée de reprendre souffle et recueillement. Pourquoi le silence est-il tellement absent de nos célébrations ? Il est prévu, et ce n’est pas facultatif, au no. 23 de la PGMR à six endroits de la messe : dans la préparation pénitentielle après l’invitatoire, après les invitations « Prions le Seigneur », après une lecture et après l’homélie, pendant la prière universelle et, enfin, après la communion. Il peut avoir pour but le recueillement, la méditation ou la louange; il appelle toujours, la prière intérieure.

Ces enchaînements sans précipitation, cette diction calme et ces silences recueillis auront sans doute allongé la célébration de deux petites minutes, mais ils auront donné la possibilité de s’intégrer davantage à l’action liturgique en s’y investissant plus profondément et de façon plus personnelle. N’est-ce pas ce que tous demandent ?

 
 
 
Centre National de Pastorale Liturgique
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