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Commission luxembourgeoise Justice et Paix


Dans le réseau de la communication sans frontières
Réflexion d’éthique sociale sur les nouveaux médias de la Commission luxembourgeoise Justice et Paix

Remarque préliminaire

Les médias « en ligne » (on line) sont devenus d’actualité ces temps-ci, également au Luxembourg, et la Commission « Justice et Paix », consciente de sa vocation d’intervenir dans l’intérêt de la justice et de la paix dans notre société, s’est penchée sur le sujet. Elle veut apporter par ses réflexions sa modeste contribution à l’indispensable formation d’une opinion politique sur la question des médias interactifs.

Sans retracer l’histoire de l’apparition des nouveaux médias, avec leurs origines pour une part problématiques, et sans en examiner les aspects et les intérêts économiques passés, actuels et potentiels, on les prend ici en quelque sorte comme un fait (matter of fact), du point de vue de la communication et du comportement en matière de communication. La présente réflexion se borne à cet aspect des nouveaux médias, en laissant dans l’ombre les questions de critique idéologique, historique et économique.

Luxembourg, janvier 1997

I. Sans préambule, dans le vif du sujet

Tout comme l’introduction des nouvelles technologies de la communication s’est faite de façon subite et abrupte, cette réflexion voudrait en venir directement au sujet, sans longues considérations de vocabulaire, sans définitions et autres répétitions. Beaucoup d’autres publications répondent déjà à ce besoin.

Les nouveaux développements dans le domaine des moyens de communication sociale s’expliquent sans aucun doute par le besoin de communication de beaucoup de gens. Dans un monde que l’internationalisation croissante transforme de plus en plus en un village global, il va être toujours plus nécessaire et judicieux d’entrer en contact simultanément ou à divers moments avec d’autres hommes et leurs informations. Les relations personnelles, les liens d’études ou d’affaires dans le monde entier font déjà partie depuis des années de l’ordinaire de beaucoup de gens. Dans la voie vers une communauté mondiale, les vieilles frontières nationales, régionales, les blocs, valent de moins en moins comme cadres de développement communautaire, consenti ou même imposé. Reconnaître l’autre comme son semblable dans un contexte différent ne peut que contribuer à la paix sur terre. De ce point de vue, il faut assurément se réjouir des nouveaux développements.

Ce donné positif n’a à vrai dire été possible dans ces proportions qu’en raison des progrès techniques, qui permettent de fractionner les informations de manière à pouvoir les transporter et les stocker facilement avec les moyens de traitement électronique de données. Au-delà du but de la communication, les conditions techniques ont leur propre dynamique dont il faut tenir compte dans une analyse critique de l’impact des médias en ligne dans notre société. D’un côté, la surabondance d’information inhérente à cette dynamique propre atteste à coup sûr le plaisir que prennent beaucoup de nos contemporains à s’exprimer, et ceci est positif. Mais d’un autre côté, on déplore souvent que cela demande trop à bon nombre de gens, que la masse d’informations affole et qui ont l’impression de s’y noyer.

La suite du développement en ce domaine est encore à peine prévisible, et on ne doit pas tenir compte outre mesure de l’euphorie des débuts comme de la peur qui accompagnent l’introduction de toute nouvelle technologie : le jugement à porter sur les nouveaux médias doit être prudent et mesuré. Le marché en est justement à se structurer en services en ligne ouverts et fermés. Il ne faut donc pas se hâter de croire que l’engouement actuel durera indéfiniment : il tient en partie au fait que beaucoup n’ont rien ou presque rien à payer pour l’accès au réseau. Devant ce qui n’est pas encore tout-à-fait le démarrage de la société de l’information, on ne peut encore discerner objectivement à quel point le passage de la communication analogique à la communication digitale est une révolution. Il faut chercher, en tout cas, à ce que tous aient accès à la société de l’information, sans considération de nationalité, de race, de sexe, d’opinion ou de niveau social.

Le chapitre qui suit va dire pourquoi la Commission « Justice et Paix » s’intéresse à ce développement.

II. La portée éthique du thème

Comme toute transformation culturelle et sociale, le changement qu’entraîne l’apparition des nouveaux médias sollicite l’attention éthique. Le commerce entre les hommes par-dessus les frontières matérielles est durablement transformé par les médias interactifs, il repart sur des bases nouvelles. Comme chaque fois qu’on passe à un nouveau médium, il y a un grave devoir de faire en sorte que les nouvelles possibilités de façonner la communication humaine servent l’homme.

On peut comprendre à bon droit l’instauration de la société de l’information comme une question de justice sociale : qui a accès au réseau mondial de l’information et de la communication ? Qui en est ou en reste exclu ? Quelles informations passent dans le réseau, quelles informations sont exclues ? Qui peut tirer profit de la masse d’informations, qui reste non-informé, faute de remplir les conditions nécessaires pour cela ? Le réseau sert-il surtout à diffuser des informations utiles, de la détente et un savoir de bon aloi ?…

Il y a matière à réflexion éthico-sociale, dans notre société, avec toute force de transformation qui est de nature à porter atteinte à la réalité des hommes. C’est très spécialement le cas des nouveaux médias. Même si l’on ne peut dire de façon précise ce qu’il faut entendre par « réalité », il n’en est pas moins clair qu’avec le concept de réalité « virtuelle » apparaît un élargissement de sens. Si constructiviste que l’on se veuille par rapport au phénomène de la réalité, toute action sur elle la suppose donnée au préalable. Plus la réalité apparaît façonnée et dominée par la main de l’homme et plus il importe de prendre les choses au sérieux.

Il ne faut pas non plus sous-estimer le fait que les nouvelles technologies - comme tous les médias - peuvent faire écran, par leurs multiples possibilités d’expression, par la séduction des couleurs, à la communication personnelle entre hommes réels. Ce risque d’altération de la communication humaine directe existe particulièrement chez les gens qui souffrent déjà de difficultés personnelles de communication ou qui n’ont pas encore suffisamment d’expérience dans le domaine des rapports interpersonnels.

A côté du risque d’une perte possible de réalité et d’une altération des relations humaines, il faut mentionner dans ce contexte le danger d’une perte de signification de l’information elle-même. De fait, l’offre sans cesse croissante d’informations peut, d’une part, conduire à la résignation, car le récepteur est pour ainsi dire assommé par la masse des données et ne peut plus s’informer utilement, et d’autre part n’être qu’une énorme accumulation, dont la qualité laisse à désirer. L’aptitude à faire le tri entre l’important et le reste risque de se perdre; les informations sont mises sur le même pied et deviennent par là indifférentes. C’est dans ce cas la signification de l’information elle-même qui est en jeu.

La nouvelle société médiatique remet également en cause le concept même d’opinion publique et par là une scène importante sur laquelle se déroulait jusqu’à présent l’élaboration des points de vue dans nos démocraties. Le fait que les différentes cyber-communautés se structurent selon les sympathies et les affinités au travers de toutes les sociétés et des couches sociales, et qu’elles influeront sur le jeu politique, entraîne que ce développement ne pourra que devenir un objet important des réflexions et des décisions politiques qui prévoient l’avenir.

Ceci dit sur les possibilités, les chances et les dangers de la société de l’information, la Commission « Justice et Paix » se propose d’examiner de façon critique quelques domaines concrets de cette nouvelle société. Et pour commencer, il y a lieu d’indiquer nos critères d’appréciation.

III. Critères d’appréciation

Devant le fait que tout homme a le droit de s’informer sur ce qui le touche de façon directe ou indirecte, et étant admis que les nouveaux médias véhiculent des informations qui concernent tout citoyen, on ne peut qu’admettre la nécessité d’un accès simple et bon marché pour tous à la société de l’information. Les conditions d’accès à la société de l’information ne doivent pas être laissées à l’entière discrétion de l’économie libérale : en raison de leur portée politique et socioculturelle, elles ne peuvent qu’être du ressort du pouvoir politique.

Les conditions d’accès sont à envisager du point de vue des principes de la justice sociale, mais au stade actuel cela n’est pas le cas (pas absolument) de l’exigence de la liberté d’expression sur les autoroutes de l’information. Tant que demeurent les multiples possibilités de dire librement son avis par les médias les plus divers (journal, radio, télévision, discours…), on peut laisser jouer l’égalité des chances. Que chacun puisse s’exprimer selon ses capacités et ses possibilités.

Concernant la qualité de l’information et sa structure, la Commission « Justice et Paix » met en premier les critères suivants :

  1. Le contenu de l’information, tant qu’il reste descriptif (description, présentation, narration….), doit être véridique.
  2. S’il s’agit d’un jugement de valeur (commentaire, interprétation…), les arguments et les intentions qui le justifient doivent être indiqués ouvertement.
  3. Un autre critère de qualité est la simplicité et la claire articulation du contenu de l’information, de sorte que l’information soit accessible au plus grand nombre.

Un autre critère d’appréciation est le caractère contrôlable des nouveaux médias. Cet aspect est inséparablement lié à la crédibilité que revendique la technologie nouvelle avec la libéralisation de l’information. Pour ces problèmes de contrôle il faudra des efforts aussi bien du côté de l’économie que de celui du gouvernement. La volonté déclarée de soumettre le réseau mondial de communication et d’information au contrôle des instances démocratiques existantes (ou à créer) implique que les responsables de l’économie, au plan national et supranational, mettent cartes sur table.

Une politique de réglementation nationale et internationale s’impose dans l’intérêt de la justice sociale. La politique ne peut ici se dérober à sa responsabilité, elle doit au contraire se doter de moyens efficaces de contrôle. Même si chaque Etat est lui-même responsable, des initiatives supraétatiques sont ici nécessaires, et d’abord dans le domaine international. Il faut mentionner dans ce contexte le Livre vert de la « Commission européenne sur la vie et le travail dans la société de l’information ». On y esquisse une série de défis et de questions concernant les nouvelles technologies de l’information et de la communication, mais on ne peut que souligner la place insuffisante qui y est faite à la question de la justice sociale.

Le chapitre suivant présente les premiers résultats provisoires de l’étude de la Commission « Justice et paix ».

IV. Premiers résultats

Sur le fond de son évaluation générale des nouveaux médias (chapitre II) et conformément aux critères énoncés au chapitre III, la Commission « Justice et paix » a choisi et examiné trois domaines qui relèvent de ce sujet : la responsabilité de la société concernant l’éducation, le besoin d’une action politique et le domaine spécial de ce qu’on appelle le télétravail.

1. Apprendre à user des nouveaux médias

Si l’on veut user comme il faut d’instruments comme les moyens de communication, il faut vouloir apprendre méthodiquement à s’en servir. Cela implique en tout premier lieu qu’on juge sereinement des possibilités réelles de la nouvelle réalité virtuelle, c’est-à-dire qu’il n’y a lieu ni de la porter aux nues, ni de la vouer aux gémonies. De l’éducation et de la formation dépend aussi le fait que les moyens utilisés le soient à des fins que les dits moyens ne déterminent pas d’avance, par leur être même. Dans le cas des nouveaux médias, le but à rechercher est de rendre possible et de promouvoir la communication sans limites entre les citoyens dans le monde entier.

Pour gérer le flot d’informations que les nouveaux médias ne feront qu’augmenter, les utilisateurs ont besoin, d’une part, d’une formation de base à l’informatique et, d’autre part, de bonnes méthodes éprouvées de gestion du savoir. Il est plus que jamais évident que l’usage systématique compétent et savant d’informations accessibles facilement et rapidement est plus important que, par exemple, d’apprendre par cœur des connaissances. L’étude exemplaire, à l’aide d’exemples, aura (devrait avoir) de plus en plus d’importance, jointe à un niveau culturel largement diversifié. L’exigence de développer de nouvelles méthodes d’apprentissage s’adresse aussi bien aux écoliers et aux étudiants qu’aux enseignants et aux professeurs, et de même à quiconque désire continuer à se former, tout comme aux filières de formation d’adultes.

Les nouveaux médias représentent sans aucun doute pour l’enseignement traditionnel un défi à prendre au sérieux. Ils l’emportent sur lui par l’interactivité directe aussi bien que par leur adaptation à l’usager individuel, doublée de la possibilité de mettre à la portée du plus grand nombre possible le meilleur savoir. L’élément ludique et créatif devrait avant tout inciter les usagers à se vouloir et à être curieux et créatifs. Là où il s’agit d’acquérir le savoir scolaire classique, les nouveaux médias rendent à l’amateur un grand service par des exercices et des tests réitérables à volonté. Le fréquent recours aux mêmes données rend possible à chacun de « s’alimenter » pour ainsi dire directement à la source de l’information. L’usage appliqué des nouveaux médias interactifs peut conduire à de nouvelles manières d’apprendre et de se cultiver.

Il y a précisément en cela une occasion à ne pas manquer de créer de nouvelles égalités de chances par une répartition équitable des possibilités de formation. Les nouveaux médias permettent de redistribuer les cartes entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas. En ce domaine, l’action sociale est invitée à offrir un accès aux possibilités de la société de l’information et de la communication à ceux qui se trouvent marginalisés dans la société, de manière à ce que, par exemple, ils aient de plus grande chances de trouver du travail ou un logement.

L’apparition et l’habitude de nouvelles solidarités entre particuliers, groupes professionnels ou communautés d’intérêts, dans un cyber-espace sans limites, interpellent également les personnes engagées dans l’action sociale et culturelle. Il faudra pourtant prendre garde, dans le développement et la pratique de cette nouvelle culture communautaire, que le contact entre les personnes ne se limite pas à l’échange de données ou d’idées. La communauté en réseau ne peut être ni devenir un substitut à la communauté réelle entre les personnes, à la chaleur et à la proximité humaines.

2. Les impératifs d’une politique de réglementation

Face aux nouveaux médias, l’Etat pluraliste et démocratique se trouve devant le défi difficile de rendre possible à chacun d’exprimer son opinion - pour autant que cela ne nuise pas à la légitime liberté d’opinion d’autrui. Le principe bien connu que la liberté de l’un s’arrête là où commence celle de l’autre s’applique également ici. Avant d’en venir à la fonction protectrice de l’Etat à cet égard, la Commission « Justice et Paix » veut affirmer clairement la nécessité d’un pluralisme qui tienne compte de toutes les dimensions de l’homme et de sa dignité.

Avec les nouveaux médias il faudra penser à protéger la sphère personnelle de tout individu, les institutions qu’il se donne et telles qu’il les veut, ainsi que les enfants et les membres plus faibles de la société. Pour prévenir toute situation dans laquelle le besoin de protection se ferait aigu, et donc avant que l’enfant ne soit tombé dans le puits, les responsables politiques feront bien de prendre toutes les mesures préventives qui leur donneront le moyen d’agir en cas d’abus. Dans ce contexte spécialement, il est nécessaire que les services, le public et l’Etat en viennent ensemble à faire en sorte que l’information et la société de l’information soient contrôlables. Du fait que dans le cadre de notre société pluraliste il sera à peine possible d’instituer un contrôle dans les moindres détails, la Commission « Justice et Paix » plaiderait plutôt pour des mécanismes complexes de contrôle et de protection. Beaucoup sera (devra être) appris avec le temps par l’usage responsable des informations. Particulièrement dans le domaine de la protection de l’enfance et de la jeunesse, il y a à être spécialement attentif au respect des lois et des réglementations existantes, et s’il le faut à en élaborer de nouvelles, adaptées à la situation. C’est ainsi que les instances nationales et supranationales devront exercer leur censure sur les productions inspirées par la violence, le racisme, la haine, la pornographie enfantine, qui méprisent l’homme, détruisent la société et blessent la paix et l’égalité entre tous les hommes. Il faut souligner ici que la tolérance n’est pas une valeur en soi mais la condition d’une coexistence pacifique des conceptions du monde les plus diverses et de leur expression dans la pratique.

Il y a besoin aussi d’une réglementation par l’autorité politique en ce qui concerne les conditions d’accès aux nouveaux médias et à leurs informations. Il est souhaitable qu’on s’efforce dans le monde entier que le plus grand nombre possible de gens y aient un accès facile et bon marché - par exemple dans des lieux publics tels que les mairies, les écoles, les bibliothèques, etc.

La libéralisation des entreprises de télécommunications ne doit pas faire que l’Etat s’abstienne de légiférer en ce domaine où il a exercé - du moins dans nos pays - le monopole de la communication durant des décennies. Au nom du « service public », l’Etat s’est donné pour mission de rendre possible entre autres une utilisation simple et non onéreuse du téléphone à une majorité de citoyens, contribuant par là au développement de la communication téléphonique. Suffit-il que les entreprises privées soient tenues de garantir un « service universel » (éventuellement sous la contrainte de l’Etat), l’avenir proche le dira. Il y a là en tout cas un devoir de l’Etat. Nul ne conteste que l’intérêt économique dans le domaine des nouvelles technologies peut être effectivement un moyen adéquat d’atteindre le but d’un accès universel aux nouveaux médias avec leurs informations. Tant que le profit de l’un est à l’avantage de l’autre, la libre concurrence doit être considérée comme un facteur stimulant pour l’édification de la société de l’information. Il ne faut pas malgré tout perdre de vue que, par rapport aux buts de l’économie, l’Etat est tenu de donner des directives politiques. La bonne harmonie des nouveaux médias avec le social et l’environnement ne pourra que contribuer à leur acceptation et à leur diffusion.

3. Le télétravail

Dans la mesure où les nouvelles technologies transforment l’image que nous avons de la proximité et de la distance, l’emploi décentralisé dans l’espace et dans le temps relève également de la présente réflexion. Le travail à domicile créera-t-il beaucoup d’emplois ? Il est permis d’en douter. Mais il contribuera à coup sûr à voir autrement le travail et l’emploi. Les partisans du télétravail pourront faire valoir qu’il s’accommode du rythme de vie individuel du salarié et de sa famille, pour ce qui est de la flexibilité de l’horaire et des temps de travail, et en outre que la suppression des déplacements et des frais de transport est pour le plus grand bien de l’environnement. Les adversaires, à l’inverse, attireront l’attention aussi bien sur les dangers de l’isolement et d’une exploitation difficilement contrôlable, notamment des membres les plus faibles de notre société, que sur le fait que le travailleur à domicile est pratiquement privé d’avancement et de carrière. Du fait qu’une évaluation d’ensemble de ce nouveau monde du travail n’est pas possible pour le moment, et que les avantages et les inconvénients que peut avoir le télétravail ne doivent pas être sous-estimés, la Commission « Justice et Paix » demande que des mesures de protection spécifiques soient prises dans le cadre de la législation du travail comme de la sécurité sociale.

Lorsque le télétravail est fait dans le cadre d’un contrat de travail, les dispositions du droit commun entre employeur et employé doivent être appliquées. L’employeur est tenu d’organiser à ses frais le poste de travail - y compris celui du travailleur à domicile - et de veiller à l’observation des règlements sanitaires. Des séances de travail en un lieu commun doivent également être prévues, et être effectives, afin que le « télétravailleur » ait une possibilité de contact direct avec son patron et avec ses collègues.

Le télétravail comme activité libérale relève d’un autre type de considérations. L’objet du contrat entre employeur et salarié, dans ce cas, n’est pas le temps de travail mais uniquement le résultat du travail fourni (par exemple, une traduction, un plan d’architecte…). Le travail terminé est acquis par l’employeur sur la base de sa qualité et de sa valeur marchande. Cette forme de télétravail exercé de façon « libérale » est pour bien des gens la possibilité de se rendre indépendants, mais on ne doit pas ignorer ni sous-estimer le danger d’une concurrence permanente et sans limites entre tous les demandeurs. Dans une société comme la nôtre, les forts sauront saisir les chances de ce nouveau marché, les plus faibles devront en subir les risques. Les syndicats et les hommes politiques sont donc particulièrement invités à élaborer et à appliquer des critères souples qui feront la différence entre une activité créatrice authentiquement libérale et une relation de travail réglementée d’après la législation du travail.

Dans le cadre de la mondialisation de l’économie et donc aussi du télétravail, ce sont avant tout les organisations internationales et supranationales qui auront à élaborer de nouvelles règles protectrices. Il devrait aller de soi que les instances compétentes nationales et régionales ne sont pas par là déchargées de leur responsabilité, qu’elles doivent être plutôt incitées à mettre leurs réflexions et leurs décisions en accord avec celles des organismes internationaux. La responsabilité internationale n’intervient que si on a pris d’abord ses responsabilités au plan national ou régional.

Dans le cas précisément du télétravail, on constate à nouveau que les nouvelles technologies de la communication peuvent conduire à un saut qualitatif - en positif et en négatif - dans l’idée que l’on a du travail lui-même. La Commission « Justice et Paix » ne souhaite cependant pas soulever et développer pour elle-même, dans ce contexte, la question même du travail.

V. Remarques finales

La présente réflexion d’éthique sociale sur le « Réseau de communication sans frontières » voudrait montrer que les nouveaux médias sont en train de transformer de façon décisive notre image du monde et de nous-mêmes. Dans la mesure où ils mettent dans une lumière nouvelle, et même approfondissent, notre compréhension habituelle de la communication, de la culture et du travail, on doit les adopter et les utiliser sans réticences. Mais à condition pourtant de ne pas perdre de vue que, comme tous les autres moyens, ils ne sont au service d’une plus grande humanisation du monde que s’ils servent au plus grand nombre de gens possible.


Dernière modification : janvier 1997
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