Dans la traduction actuelle du « Notre Père », comment comprendre : « Ne nous soumets pas à la tentation » ?
Cette traduction, qui fut proposée au lendemain du concile Vatican II par une commission liturgique oecuménique francophone après d’interminables discussions, ne fait toujours pas l’unanimité parmi les exégètes et les pasteurs. Elle pourrait en effet laisser croire, ou bien que nous puissions être dispensés d’une tentation que Jésus a pourtant lui-même connue (Lc 4,1-13), ou bien que Dieu est responsable de la tentation qui mène au péché, idée que la Bible rejette catégoriquement. Déjà l’Ancien Testament affirmait : « Ne dis pas : C’est à cause du Seigneur que je me suis écarté, car ce qu’il déteste, il ne le fait pas » (Si 15,11) et St Jacques de renchérir : « Que nul, quand il est tenté, ne dise : Ma tentation vient de Dieu. Car Dieu ne peut être tenté de faire le mal et ne tente personne. » (Jc 1,13-14)
« Traduire en un seul mot le terme grec est difficile », reconnaît le Catéchisme de l’Eglise catholique; « il signifie ‘ne permets pas d’entrer dans’, ‘ne nous laisse pas succomber à la tentation’. » (no. 2846). D’aucuns, en s’appuyant sur l’araméen, suggèrent de traduire de façon assez littérale : « Ne nous laisse pas entrer en tentation », une expression que l’on retrouve dans l’exhortation parallèle de Jésus à Gethsémani : « Veillez et priez afin de ne pas entrer en tentation. » (Mt 26,41)
Quelle que soit la traduction, il est clair en tout cas que, dans cette demande, nous demandons à Dieu d’être protégés dans la tentation et non d’être préservés de la tentation !
Et ce dont nous demandons en définitive à Dieu de nous protéger, ce ne sont pas d’abord de nos petites tentations quotidiennes, - encore qu’elles en fassent probablement partie - mais bien plutôt de l’abandon de la foi qui guette les disciples, même en dehors des périodes de persécution. (Lc 18,8;22,31-32)